Vladimir Poutine a posé le pied à New Delhi ce vendredi pour un séjour de trois jours, reçu par le Premier ministre indien Narendra Modi la veille de l'ouverture officielle du sommet des BRICS. Une rencontre bilatérale que le ministère indien des Affaires étrangères a résumée par une formule sobre : les deux dirigeants ont réaffirmé le caractère « spécial et privilégié » de leur partenariat stratégique, un vocabulaire diplomatique convenu qui ne dit pas tout de la portée réelle de l'entretien.
Sur le fond, l'énergie a occupé une place centrale dans les discussions, sans surprise pour qui suit les relations entre les deux pays depuis le début de la guerre en Ukraine. L'Inde compte aujourd'hui parmi les tout premiers acheteurs de pétrole russe au monde, le brut russe représentant plus de la moitié des importations pétrolières indiennes selon les données disponibles. Un basculement commercial majeur intervenu justement dans le sillage des sanctions occidentales contre Moscou, que New Delhi a jusqu'ici refusé de rejoindre.
Modi et Poutine ont également évoqué les conflits en cours en Ukraine et au Moyen-Orient, en particulier leurs répercussions sur le commerce maritime international. Selon la diplomatie indienne, les deux dirigeants ont « discuté des conflits en Asie occidentale et dans la région de la mer Noire qui ont affecté le commerce maritime », une manière prudente de qualifier des sujets sur lesquels l'Inde s'efforce, depuis le début, de ne pas prendre ouvertement parti. Modi a d'ailleurs profité de l'occasion pour rappeler sa position constante : les conflits, a-t-il redit, « doivent se résoudre par le dialogue et la diplomatie », l'Inde se disant prête à contribuer aux efforts de paix.
Cette petite phrase illustre l'exercice d'équilibriste que New Delhi mène depuis des années entre des partenaires aux intérêts difficilement conciliables : les États-Unis et les pays du Golfe d'un côté, la Russie et l'Iran de l'autre, sans oublier la relation, toujours délicate, avec Israël. Un jeu diplomatique à plusieurs bandes que l'Inde assume de plus en plus ouvertement, fort de son poids économique et démographique croissant sur la scène internationale.
Au chapitre des objectifs chiffrés, les deux pays visent désormais 100 milliards de dollars d'échanges commerciaux bilatéraux d'ici 2030, contre environ 70 milliards sur l'exercice 2024-2025. Un objectif ambitieux qui repose largement, pour l'instant, sur les achats indiens d'hydrocarbures russes, mais que les deux capitales cherchent à diversifier, comme en témoigne la visite conjointe d'une foire industrielle consacrée aux technologies, à l'aviation, au spatial et au nucléaire civil, organisée en marge de la rencontre. Modi a par ailleurs offert à son homologue russe une traduction en russe du Thirukkural, texte philosophique classique de la littérature tamoule, un geste protocolaire chargé de sens dans la diplomatie culturelle indienne.
Pour Vladimir Poutine, cette visite marque sa première participation en personne à un sommet des BRICS organisé hors de Russie depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, un déplacement qui vaut aussi démonstration : celle d'un président qui, malgré son isolement diplomatique vis-à-vis des capitales occidentales, continue de trouver dans le format des BRICS un espace où ses interlocuteurs restent nombreux à dérouler le tapis rouge. Les chefs d'État de Chine et d'Iran doivent le rejoindre à New Delhi dans les prochaines heures pour l'ouverture officielle du sommet, samedi.







