Le symbole ne pouvait pas être plus clair. En se rendant à New Delhi ce week-end pour le sommet des BRICS, Xi Jinping effectue son premier déplacement en Inde depuis près de sept ans — depuis un sommet informel tenu en 2019, avant que les relations entre les deux puissances ne s'enveniment durablement.
Une visite qui s'inscrit dans un agenda diplomatique chargé
Confirmé par le ministère chinois des Affaires étrangères comme répondant à une invitation du Premier ministre Narendra Modi, ce déplacement s'inscrit dans une séquence particulièrement dense pour la diplomatie chinoise. Xi Jinping vient d'enchaîner un sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai au Kirghizistan et une visite d'État en Égypte ; il doit encore, plus tard ce mois-ci, se rendre à Washington pour rencontrer le président américain Donald Trump. New Delhi n'est donc qu'une étape, mais une étape hautement symbolique, dans cette tournée.
Le sommet réunira à New Delhi, samedi et dimanche, un aréopage de dirigeants parmi lesquels le président russe Vladimir Poutine, son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa, le président iranien Massoud Pezeshkian ou encore le président philippin Ferdinand Marcos Jr. — une addition qui illustre l'ambition du groupe BRICS élargi de peser davantage dans les équilibres mondiaux.
Des relations qui se réchauffent, prudemment
Sur le fond, la rencontre attendue entre Xi Jinping et Narendra Modi doit permettre d'aborder deux dossiers structurants pour l'avenir des relations sino-indiennes : le commerce bilatéral et le différend frontalier hérité de l'affrontement meurtrier de 2020 dans la région du Ladakh, qui avait provoqué des années de standoff militaire le long de la Ligne de contrôle réel.
Les signes de détente se sont multipliés ces derniers mois : les liaisons aériennes directes entre les deux pays, suspendues depuis des années, ont repris en octobre dernier ; le commerce frontalier, lui aussi interrompu de longue date, a redémarré le mois dernier. Des gestes limités, mais significatifs, pour deux économies qui pèsent à elles seules près d'un tiers de la population mondiale et dont la rivalité stratégique, sur les infrastructures frontalières, l'influence régionale ou les technologies critiques, reste, malgré tout, structurelle.
Un test pour la cohésion des BRICS
Au-delà du seul tête-à-tête Xi-Modi, ce sommet de New Delhi constitue un test pour la cohésion d'un groupe BRICS de plus en plus hétérogène, entre puissances occidentales rivales comme la Chine et la Russie, partenaires historiques de l'Inde comme la Russie justement, et pays en délicatesse avec certains membres du groupe, à l'image des tensions persistantes entre l'Inde et le Pakistan ou entre la Chine et plusieurs voisins d'Asie du Sud-Est.
Pour New Delhi, qui assure la présidence tournante du groupe cette année, l'enjeu est de taille : démontrer qu'un forum aussi disparate peut encore produire des positions communes sur le commerce mondial, la réforme des institutions financières internationales ou la place du dollar dans les échanges — autant de sujets sur lesquels les BRICS peinent, depuis plusieurs sommets, à dépasser les déclarations de principe pour aboutir à des engagements concrets. Les prochains jours diront si celui de New Delhi fait exception.







