L'ANSSI ne communique pas souvent sur ses décisions internes. Celle-ci mérite pourtant qu'on s'y arrête. Le 9 septembre, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information a délivré à Kaydan Technology, cabinet abidjanais, le premier agrément de Prestataire d'audit de la sécurité des systèmes d'information jamais accordé dans le pays. Concrètement, cela signifie qu'une entreprise ivoirienne peut désormais réaliser, en toute légalité et avec la reconnaissance de l'État, les audits que la réglementation impose à un nombre croissant d'organisations.
Un texte qui dort depuis 2021, enfin appliqué
Le décret qui encadre ces audits remonte à décembre 2021. Il fixe les procédures de contrôle et de certification des systèmes d'information, mais restait, dans les faits, largement lettre morte faute de prestataires habilités à les mener. Cinq ans plus tard, le Référentiel général de la sécurité des systèmes d'information, version 2025, vient enfin donner corps à ce texte en organisant la procédure d'agrément des PASSI. Kaydan Technology en est le premier bénéficiaire, au terme d'un parcours en six étapes allant du dépôt du dossier à la décision de la direction générale de l'ANSSI.
Le référentiel ivoirien s'inspire assez directement du modèle français, devenu une sorte de standard de référence dans plusieurs pays francophones du continent. Un PASSI est habilité à conduire cinq types d'audits : architecture, configuration, code source, tests d'intrusion, organisation et sécurité physique. Autant de prestations qui, à mesure que la réglementation se durcit, deviennent un préalable obligé avant toute homologation d'un système sensible.
Réduire la dépendance aux cabinets étrangers
Jusqu'ici, une administration ou une entreprise ivoirienne souhaitant faire auditer ses systèmes devait le plus souvent se tourner vers des cabinets européens ou nord-américains, avec les délais et les coûts que cela suppose. Disposer d'un vivier local d'auditeurs qualifiés change la donne, autant pour la souveraineté numérique du pays que pour la compétitivité des entreprises locales du secteur. La cybersécurité figure d'ailleurs parmi les priorités affichées par les autorités, à mesure que la numérisation des services publics, des paiements et des infrastructures s'accélère.
Cette annonce intervient dans un contexte où la Côte d'Ivoire cherche justement à démontrer sa montée en puissance dans le numérique. Trois jours plus tôt s'ouvrait à Abidjan la deuxième édition du salon Impact IA, sous le patronage du Premier ministre Robert Beugré Mambé, avec la présentation d'un plan d'accélération de l'intelligence artificielle pour 2026-2028. Les deux dossiers ne se recoupent pas directement, mais ils racontent la même ambition : bâtir un écosystème numérique national qui ne se contente plus d'importer ses compétences.
Ce que ça change concrètement
Pour Kaydan Technology, l'agrément ouvre un segment de marché appelé à croître mécaniquement, la réglementation imposant progressivement ces audits à toute une série d'organisations publiques et privées. Pour les entreprises et administrations ivoiriennes, cela signifie un interlocuteur local, capable de comprendre le contexte réglementaire et opérationnel du pays sans passer par un intermédiaire étranger. Pour l'ANSSI enfin, ce premier agrément fait figure de test grandeur nature avant l'arrivée, sans doute, d'autres candidats sur ce marché naissant.
Reste à voir si ce premier pas suffira à convaincre les grandes structures, banques, opérateurs télécoms, administrations sensibles, de basculer vers des prestataires locaux plutôt que de continuer à s'appuyer sur leurs partenaires historiques. La confiance, dans ce métier-là, se construit audit après audit.







