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Côte d'Ivoire : l'opposant Justin Katinan Koné écroué pour « actes terroristes », le PPA-CI dénonce l'acharnement

Convoqué mercredi à la préfecture de police d'Abidjan pour une plainte en diffamation déposée par le parti au pouvoir, le 4e vice-président du PPA-CI a vu sa garde à vue se prolonger jusqu'à un placement sous mandat de dépôt, vendredi, pour huit chefs d'accusation dont des « actes terroristes ». Le parti de Laurent Gbagbo parle d'une justice instrumentalisée contre ses cadres.

APAnge Pascal11 septembre 20263 min de lectureLu 1 foisPolitique
Justin Kone Katina
© Fraternité Matin
Justin Katinan Koné n'a pas quitté les locaux de la préfecture de police d'Abidjan depuis mercredi. Convoqué ce jour-là à la suite d'une plainte du RHDP, le parti au pouvoir, pour diffamation, injures publiques et diffusion de fausses nouvelles, l'ancien ministre et 4e vice-président du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI) devait initialement répondre d'une tribune très critique publiée quelques jours plus tôt contre la formation d'Alassane Ouattara. L'affaire a pris une tournure bien plus grave en quarante-huit heures.
Jeudi soir, sa garde à vue a été prolongée, mais pour un tout autre motif. Selon l'un de ses avocats, la nouvelle accusation renvoie à des faits datant de l'an dernier : des troubles à l'ordre public en lien avec l'élection présidentielle de 2025. Aucune précision n'a filtré sur la nature exacte de ces troubles, ni le procureur de la République ni la préfecture n'ayant souhaité s'exprimer sur le dossier à ce stade.

Un placement sous mandat de dépôt et huit chefs d'accusation

Vendredi matin, Justin Katinan Koné a été présenté devant la section antiterroriste du tribunal de première instance d'Abidjan, comme l'avait annoncé son conseil la veille. À l'issue de cette audition, il a été placé sous mandat de dépôt. Huit chefs d'accusation pèsent désormais sur lui, dont des faits qualifiés d'« actes terroristes » — une qualification qui marque une escalade nette par rapport aux poursuites en diffamation évoquées au départ de l'affaire.
Le PPA-CI a réagi dès jeudi, avant même l'issue de la procédure. Le parti de l'ancien président Laurent Gbagbo a dénoncé un « harcèlement contre ses cadres » orchestré, selon lui, par une justice instrumentalisée, qui viserait à criminaliser toute parole politique de l'opposition.

« Nous exigeons l'arrêt immédiat, total et sans conditions des procédures politiques engagées contre nos cadres, a fait savoir le PPA-CI dans un communiqué. »

Le gouvernement renvoie à la responsabilité de la liberté d'expression

Interrogé la veille de la prolongation de la garde à vue, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, s'était refusé à tout commentaire sur une procédure judiciaire en cours, tout en glissant une mise en garde à peine voilée : « la liberté d'expression s'accompagne aussi du sens de la responsabilité ». Une formule que l'opposition a immédiatement interprétée comme une validation implicite des poursuites.
L'affaire intervient dans un climat déjà tendu entre pouvoir et opposition, à quelques semaines d'un chantier institutionnel sensible : la mise en place du futur organe chargé de remplacer la Commission électorale indépendante (CEI), dissoute dans le cadre de la réforme du système électoral. Plusieurs partis d'opposition, dont le PPA-CI lui-même, multiplient depuis le début du mois les consultations pour tenter de peser d'une seule voix sur l'architecture de cette nouvelle institution. L'incarcération de l'un de ses cadres les plus en vue risque de compliquer ce dialogue naissant entre le pouvoir et une opposition qui se dit déjà sous pression.
Katinan Koné n'est pas un inconnu de la justice ivoirienne. Ancien porte-parole du gouvernement sous la présidence de Laurent Gbagbo, il avait quitté le pays après la crise post-électorale de 2010-2011 avant de rentrer plus tard en Côte d'Ivoire. Sa nouvelle mise en cause, cette fois sur le terrain antiterroriste, ouvre un chapitre judiciaire dont l'issue pourrait peser sur le climat politique à l'approche des prochaines échéances électorales.
APAnge Pascal — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Politique
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