Un contentieux vieux d'un demi-siècle vient de franchir une étape décisive. Le Gabon et la Guinée équatoriale ont signé, le mardi 28 juillet 2026, au siège de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba, un « Accord d'engagement conjoint » destiné à mettre en œuvre l'arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ) dans l'affaire opposant les deux pays au sujet de la souveraineté sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga. La cérémonie s'est tenue en marge de la 49e session ordinaire du Conseil exécutif de l'organisation panafricaine, en présence du président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, qui a lui-même apposé sa signature au bas du texte.
Ces trois territoires, situés dans le golfe de Guinée, sont minuscules — Mbanié couvre à peine une trentaine d'hectares — mais stratégiquement sensibles, en raison de leur localisation dans des eaux susceptibles de receler d'importantes réserves de pétrole et de gaz. L'origine du différend remonte au traité de Paris de 1900, par lequel la France et l'Espagne, alors puissances coloniales, avaient attribué à l'Espagne la souveraineté sur ces îlots. Mais en août 1972, l'armée gabonaise avait envahi et pris le contrôle de Mbanié, le président Omar Bongo y plantant lui-même le drapeau national, avant qu'une convention bilatérale signée à Bata en 1974 ne vienne, selon Libreville, confirmer la souveraineté gabonaise — un texte dont l'existence même a par la suite été contestée par Malabo. Après treize années de médiation des Nations unies, entre 2003 et 2016, les deux chefs d'État avaient fini par signer, en novembre 2016, un compromis reconnaissant la compétence de la Cour internationale de Justice pour trancher le différend, un accord entré en vigueur en 2020. Saisie du dossier, la CIJ a rendu son arrêt le 19 mai 2025, reconnaissant à la Guinée équatoriale un titre juridiquement fondé sur les trois îles, en sa qualité d'État successeur de l'Espagne, tout en rejetant l'argument gabonais fondé sur la Convention de Bata. La Cour a par ailleurs confirmé que la délimitation de la frontière terrestre repose sur les titres issus de la Convention de Paris de 1900. Quatorze mois après cet arrêt, l'accord signé à Addis-Abeba ne revient pas sur la souveraineté déjà tranchée par la CIJ en faveur de Malabo, mais fixe la marche à suivre pour son application concrète : démarcation des frontières, mécanismes de suivi conjoint et poursuite du dialogue diplomatique entre les deux capitales. « Un différend frontalier qui n'a que trop duré », a résumé le président de la Commission de l'UA à l'issue de la cérémonie, saluant le leadership des présidents gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo dans ce qu'il a qualifié d'exemple de règlement pacifique des différends. Du côté gabonais, le ministre des Affaires étrangères Dieudonné Aba'a Owono a souhaité que « la signature de cet accord inaugure une nouvelle ère de coopération avec la Guinée équatoriale », espérant que ce règlement puisse servir d'exemple au reste du continent en matière de résolution pacifique des différends frontaliers, dans le respect du droit et du dialogue. Selon plusieurs analystes cités par la presse régionale, l'accord ouvre également la voie à un renforcement de la coordination sécuritaire entre les deux pays dans le golfe de Guinée, région confrontée à la piraterie maritime, à la pêche illicite et aux trafics transfrontaliers. Sur le terrain diplomatique, des sources proches du dossier ont tenu à démentir, dans les heures qui ont suivi la signature, certaines informations relayées sur une prétendue suspension des discussions entre Libreville et Malabo. Selon une source proche du ministère gabonais des Affaires étrangères, les deux pays continuent au contraire de travailler ensemble, dans le cadre d'un mécanisme conjoint mis en place sous l'égide de l'Union africaine, afin de poursuivre les discussions techniques et diplomatiques nécessaires à la pleine mise en œuvre de l'arrêt de la CIJ.







