Les électeurs américains ont sanctionné Donald Trump. À l'issue du scrutin de mi-mandat du mardi 3 novembre, les démocrates ont repris la Chambre des représentants et conquis la majorité au Sénat, selon Al Jazeera, qui s'appuie sur les projections de l'Associated Press. Le président républicain se retrouve donc sans majorité dans aucune des deux chambres du Congrès, une situation inédite depuis le second mandat de Barack Obama.
Une Chambre reconquise, un Sénat basculé
À la Chambre, l'AP annonce une victoire démocrate, le seuil de 218 sièges sur 435 ayant été franchi. Avant le vote, les républicains détenaient 219 sièges contre 214 pour leurs adversaires, d'après RTI. Pendant le dépouillement, les démocrates semblaient en passe de dépasser 230 sièges, ce qui représenterait l'une des plus larges majorités depuis près de vingt ans. Ce chiffre reste une projection. Le chef de file démocrate, Hakeem Jeffries, pourrait devenir le premier président noir de la Chambre, mais ce poste n'est pas encore acquis.
Au Sénat, 35 des 100 sièges étaient en jeu. Pour obtenir la majorité, les démocrates devaient conserver leurs sièges et en gagner au moins quatre autres. Selon Al Jazeera, ils en détiennent 53 et sont en tête dans trois autres courses, plusieurs scrutins demeurant trop serrés pour être tranchés. La nouvelle majorité ne prendra toutefois le contrôle de la chambre haute que le 3 janvier.
Des victoires dans des États conservateurs
Plusieurs résultats frappent par leur localisation. Au Texas, James Talarico est donné vainqueur face à Ken Paxton : ce serait la première victoire démocrate à l'échelle de l'État depuis 32 ans, alors que Donald Trump y avait gagné de 14 points en 2024. Au Kansas, le pasteur Adam Hamilton bat le sénateur sortant Roger Marshall, un siège que le parti n'avait plus remporté depuis 1932. En Caroline du Nord, l'ancien gouverneur Roy Cooper l'emporte nettement, tandis qu'en Géorgie Jon Ossoff est réélu.
D'autres victoires sont rapportées dans le Maine, avec Troy Jackson qui prend le siège de Susan Collins, en Ohio avec Sherrod Brown, et en Caroline du Sud avec la pédiatre Annie Andrews. Dans l'Iowa, Josh Turek est annoncé vainqueur, tandis que, dans le Michigan, Abdul El-Sayed revendique la victoire face à Mike Rogers. S'il est confirmé, il deviendrait le premier sénateur musulman de l'histoire du pays.
Côté gouverneurs, Keisha Lance Bottoms devient la première femme noire élue à la tête de la Géorgie, selon Al Jazeera, et le démocrate Rob Sand est élu gouverneur de l'Iowa. En Caroline du Sud, le républicain Alan Wilson l'a emporté.
Le coût de la vie au premier plan
La campagne a été dominée par le coût de la vie. Un sondage de l'AP cité par Al Jazeera indique que l'économie est la première préoccupation, mentionnée par environ quatre électeurs sur dix, avec une inquiétude particulière sur le prix de l'essence et de l'alimentation. Ces prix ont augmenté depuis le début de la guerre contre l'Iran, en février. Selon le New York Times, rapporté par RTI, la cote de popularité du président s'établissait à 37,5 % d'opinions favorables avant le scrutin. La participation a été forte : près de 58 millions d'électeurs avaient déjà voté par anticipation, un record pour des élections de mi-mandat, d'après RTI.
Les droits de douane voulus par Donald Trump ont également pesé sur certains États agricoles comme l'Iowa, rappelle Al Jazeera.
Les réactions
Hakeem Jeffries a déclaré que « l'Amérique va bien » et annoncé : « Today begins the great American comeback ». Jon Ossoff a accusé le président de « depravity, corruption, and incompetence ». De son côté, Donald Trump, qui avait demandé aux républicains de « faire comme si j'étais sur le bulletin », a affirmé qu'il n'était pas sur le bulletin et qu'il aurait gagné, dans ce cas, « in a landslide ». Il a aussi mis en cause le gouverneur du Texas, Greg Abbott, qu'il qualifie de « RINO ». Un cadre républicain, resté anonyme, a reproché au secrétaire à la Défense Pete Hegseth d'avoir « coûté » l'élection au parti : cette accusation n'est pas vérifiable.
Ce que le Congrès démocrate peut faire
Avec ces majorités, les démocrates peuvent ouvrir des enquêtes, exiger des documents et convoquer des témoins. Le sénateur Richard Blumenthal a assuré à Reuters que le camp démocrate utiliserait son pouvoir de citation à comparaître. Le Sénat approuve également les nominations, des ambassadeurs aux juges fédéraux, Cour suprême comprise.
Le pouvoir législatif reste toutefois limité par le droit de veto. Donald Trump a déclaré lundi lors d'un podcast : « I'll veto everything ». Pour passer outre, il faudrait une majorité des deux tiers dans les deux chambres. Les démocrates pourraient chercher à rétablir les subventions de l'assurance santé expirées en 2025 ou à remettre en cause certains droits de douane, mais ces initiatives se heurteraient à ce veto.
Les conséquences à l'étranger
Les analystes cités par Al Jazeera divergent sur l'effet du scrutin sur la guerre contre l'Iran. Les démocrates pourraient limiter son financement, mais un tel texte devrait lui aussi surmonter un veto. Le politologue Trita Parsi estime que le président pourrait intensifier les opérations d'ici l'installation de la nouvelle majorité. Selon Al Jazeera, Donald Trump a d'ailleurs confirmé le 4 novembre des frappes contre une installation antiaérienne iranienne, qu'il qualifie d'« attaque mineure », alors que Téhéran juge « non convaincante » la réponse américaine à son plan sur le détroit d'Ormuz.









