Le président de la Commission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le général Birame Diop, a reçu le 11 septembre à Abuja une délégation russe conduite par le chargé d'affaires par intérim de l'ambassade de Russie au Nigeria, Igor Ivannikov, selon des informations concordantes de RT France et de Sahel Tribune. Ce dernier lui a remis une invitation officielle du président russe Vladimir Poutine à participer au troisième sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre à Moscou. La CEDEAO a annoncé cette invitation le 14 septembre, précisant que les deux parties avaient confirmé leur intention de renforcer leur coopération « dans l'intérêt de la paix, de la stabilité et du développement de la région », rapporte Sahel Tribune.
Un geste qui vise, en creux, les pays de l'AES
Ce qui rend cette invitation notable, selon l'analyse publiée par Sahel Tribune, c'est son destinataire. Le général Birame Diop, ancien chef d'état-major général des armées et ex-ministre des Forces armées du Sénégal, a pris ses fonctions à la tête de la Commission de la CEDEAO le 1er septembre, succédant au Gambien Omar Alieu Touray. Il dirige une organisation profondément recomposée depuis le départ officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger, effectif depuis janvier 2025. Sa feuille de route, fixée par les chefs d'État lors du sommet de Freetown en juillet, comprend explicitement le maintien du dialogue avec les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), ces mêmes pays qui comptent aujourd'hui parmi les partenaires sécuritaires les plus visibles de Moscou sur le continent, via le déploiement de l'Africa Corps, précise Sahel Tribune.
En courtisant à la fois la CEDEAO et les capitales sahéliennes qui l'ont quittée, la Russie affiche, selon cette analyse, une diplomatie « résolument pragmatique », qui entretient des canaux avec l'ensemble des acteurs institutionnels plutôt que de calquer son positionnement sur la fracture régionale née de la création de l'AES en juillet 2024.
Un précédent avec l'Égypte, une méthode assumée
Cette approche n'est pas improvisée, selon Sahel Tribune : début septembre, Vladimir Poutine avait adressé une invitation similaire au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qui avait participé au premier sommet Russie-Afrique de Sotchi en 2019 en tant que président en exercice de l'Union africaine. Plus de trente pays africains avaient confirmé leur participation au sommet d'octobre dès le mois de juillet, un chiffre en constante progression selon la diplomatie russe, qui promet cette fois un contenu économique renforcé (commerce, énergie, sécurité, investissements dans les infrastructures) plutôt qu'une simple démonstration d'ampleur diplomatique, selon Sahel Tribune. Pour la CEDEAO, dont le président de la Commission a exprimé sa « gratitude » pour cette invitation, l'exercice permet aussi de rappeler que l'organisation reste un acteur incontournable de la région, malgré le départ de trois de ses membres historiques.
Une lecture à prendre avec ses nuances
L'information de la rencontre du 11 septembre est corroborée par deux domaines distincts, RT France et Sahel Tribune, sur les faits bruts : date, lieu, protagonistes, objet de l'invitation. L'analyse selon laquelle ce geste relève d'une stratégie russe délibérée de diplomatie « tous azimuts » est celle de Sahel Tribune, média indépendant basé au Mali ; RT France, financé par l'État russe, se limite pour sa part à un compte rendu factuel de la rencontre, sans commentaire. Aucune réaction officielle de la CEDEAO elle-même, au-delà de sa communication du 14 septembre citée par Sahel Tribune, n'a pu être recueillie dans le cadre de cet article.







