À partir de vendredi et jusqu'à dimanche, la Russie vote. Quatre cent cinquante sièges de la Douma d'État, la chambre basse du Parlement, sont en jeu, la moitié attribués à la proportionnelle nationale, l'autre moitié dans des circonscriptions uninominales. Ce "jour du vote unifié", qui coïncide aussi avec des élections régionales le 20 septembre, est présenté par le pouvoir comme un exercice démocratique ordinaire. Il s'agit pourtant du premier scrutin législatif organisé depuis le déclenchement de l'invasion de l'Ukraine, en février 2022, et il se tient dans un pays que quatre ans et demi de guerre ont durablement transformé.
Une domination toujours écrasante, mais moins large qu'avant
Sur le papier, l'issue ne fait guère de doute. Un sondage publié fin août créditait Russie Unie, le parti du pouvoir, de 37,2 % des intentions de vote, loin devant le Parti communiste, à 11,6 %. Le parti au pouvoir détient actuellement 310 sièges sur 450 ; il lui en faut au moins 300 pour conserver la majorité qualifiée qui lui permet de modifier seul la Constitution. Dix-sept partis sont autorisés à se présenter, mais cinq seulement, Russie Unie, le Parti communiste, le LDPR, Russie Juste et Nouvelles Personnes, bénéficient d'un accès automatique au bulletin en tant que formations déjà représentées à la Douma.
Le grand absent de la liste est Iabloko, seule formation à avoir maintenu une ligne ouvertement critique de la guerre. Le parti a été écarté du scrutin de liste par la Cour suprême russe, après une contestation portée par le parti nationaliste Rodina. Plusieurs figures de l'opposition libérale ont, par ailleurs, payé un prix judiciaire élevé ces derniers mois : le député Maxim Kruglov a été condamné à sept ans de prison, l'élu régional Lev Chlosberg à plus de onze ans, tandis que le responsable politique Boris Nadejdine, désigné "agent de l'étranger", a quitté le pays.
Une lassitude économique qui pèse sur le climat politique
Derrière la mécanique électorale verrouillée, un indicateur retient l'attention des observateurs : la cote de popularité de Vladimir Poutine, tombée à 76 % en août, contre 87 % un an plus tôt. Le recul coïncide avec une série de difficultés économiques concrètes, ressenties jusque dans le quotidien des ménages russes. Les frappes de drones ukrainiens sur les raffineries et les sites logistiques ont provoqué une crise du carburant, à son pic en juin, réapparue en août. Des attaques ayant visé les entrepôts des géants du commerce en ligne Wildberries et Ozon ont, de leur côté, fait perdre leur stock à des centaines de milliers de vendeurs.
Autre élément qui alimente les critiques venues des organisations de défense des droits électoraux, la Russie n'a pas invité d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, alors que le vote se tiendra aussi en Crimée annexée et dans les parties occupées des régions ukrainiennes de Donetsk, Lougansk, Zaporijjia et Kherson, un choix qui prive de facto la population de ces territoires d'une consultation libre et qui n'est reconnu par aucune organisation internationale occidentale.
Pour plusieurs chercheurs spécialistes de la Russie, ce scrutin joue avant tout un rôle de légitimation : peu importe le résultat précis, l'enjeu est de démontrer, à l'intérieur comme à l'extérieur, l'existence d'un consensus populaire derrière la ligne du Kremlin sur la guerre. Reste à savoir si la participation, elle, suivra le scénario écrit à l'avance.







