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Somalie : la Cour suprême dit « non » au président Hassan Cheikh Mohamoud et annule le limogeage de son chef

Le 5 novembre, la Cour suprême somalienne a jugé illégal le maintien au pouvoir du président Hassan Cheikh Mohamoud au-delà de son mandat, et annulé dans la foulée le limogeage de son propre président, décidé la veille par le chef de l'État. Un bras de fer institutionnel rare sur le continent, qui place l'indépendance de la justice au cœur de la crise somalienne.

JGJunior Gnapié6 novembre 2026⏱ 3 min de lectureLu 2 foisPolitique
Somalie, la Cour suprême dit « non » au président Hassan Cheikh Mohamoud
📷 Illustration : Somalie, la Cour suprême dit « non » au président Hassan Cheikh Mohamoud © Abidjan4all
Il est rare qu'une juridiction africaine tienne tête aussi frontalement au chef de l'État. C'est pourtant ce qu'a fait la Cour suprême de Somalie, jeudi 5 novembre, à Mogadiscio. En une journée, elle a rendu deux décisions qui sonnent comme un désaveu cinglant pour le président Hassan Cheikh Mohamoud.

Un mandat prolongé « illégalement »

La première porte sur le cœur du pouvoir. En mars 2026, le Parlement avait adopté une révision constitutionnelle portant le mandat présidentiel de quatre à cinq ans, présentée comme une étape vers l'élection du président au suffrage universel direct, en lieu et place du système indirect fondé sur les clans. Mais le texte avait une conséquence immédiate : prolonger d'un an le mandat en cours d'Hassan Cheikh Mohamoud, élu en mai 2022, jusqu'en 2027.
Saisie notamment par les États fédérés du Puntland et du Jubaland, ainsi que par l'opposition, la Cour suprême a tranché : la réforme ne peut pas s'appliquer rétroactivement au mandat en cours. Le maintien au pouvoir du président au-delà de son terme initial est donc jugé illégal.

Le président limoge le juge, le juge annule le limogeage

La seconde décision est encore plus spectaculaire. La veille, mercredi 4 novembre, Hassan Cheikh Mohamoud avait annoncé, par une publication sur Facebook, le limogeage de Bashe Yusuf Ahmed, président de la Cour suprême, officiellement pour des raisons liées au fonctionnement de la justice. Le moment interrogeait : la Cour examinait précisément le dossier susceptible de remettre en cause la prolongation du mandat présidentiel.
La Cour a répliqué dès le lendemain en annulant cette décision. Elle a estimé qu'elle violait les articles 135 et 138 de la Constitution révisée de 2026, qui exigent l'intervention du Conseil supérieur de la magistrature et l'approbation du Parlement pour révoquer un haut magistrat. Le président est accusé d'avoir outrepassé ses pouvoirs, et d'avoir cherché à interférer dans une affaire le concernant directement. Bashe Yusuf Ahmed reste donc, selon la Cour, à son poste.

Une crise qui couvait

Cette confrontation n'arrive pas par hasard. Depuis des mois, la réforme électorale divise profondément la Somalie. Le pouvoir central la présente comme une modernisation démocratique. Le Puntland et le Jubaland, qui contestent de longue date l'autorité de Mogadiscio, y voient une manœuvre pour se maintenir au pouvoir sous couvert de réforme. L'opposition dénonce une prolongation déguisée.
Le contexte sécuritaire rend la crise d'autant plus dangereuse. Les shebabs, affiliés à Al-Qaïda, contrôlent encore de larges zones rurales et frappent régulièrement la capitale. Les précédentes querelles autour des mandats, notamment en 2021, avaient dégénéré en affrontements armés à Mogadiscio entre forces loyales au pouvoir et à l'opposition.

Le vrai test : l'exécutif obéira-t-il ?

La Cour a dit le droit. Reste à savoir si le pouvoir s'y pliera. En Somalie comme ailleurs, une décision de justice ne vaut que si l'exécutif accepte de la respecter. Hassan Cheikh Mohamoud peut s'incliner, négocier un calendrier électoral consensuel avec les États fédérés, ou passer outre, au risque d'une crise ouverte.

Notre regard

Ce qui se joue à Mogadiscio dépasse la Somalie. Sur le continent, les prolongations de mandat par révision constitutionnelle sont devenues un classique, et les cours constitutionnelles les ont trop souvent validées. Voir une haute juridiction dire non, et refuser qu'on lui coupe la tête pour l'avoir dit, est un signal fort pour toute l'Afrique.
Une démocratie ne se mesure pas seulement à ses élections. Elle se mesure aussi à la capacité de ses juges à fixer des limites au président, sans crainte de représailles. La Cour suprême somalienne vient de le faire. À l'exécutif, maintenant, de montrer qu'il respecte l'État de droit qu'il prétend moderniser.
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