Tundu Lissu ne sera pas jugé pour trahison. Vendredi 6 novembre, la Haute Cour de Tanzanie, siégeant à Dar es Salaam, a acquitté le président du parti d'opposition Chadema de ce chef d'accusation, qui l'exposait à la peine de mort. Elle l'a en revanche reconnu coupable d'incitation, une infraction moindre, et l'a condamné à quatre ans de prison, selon l'agence chinoise Xinhua et le média nigérian Voice of Nigeria.
Ce que le tribunal a retenu
Pour la trahison, la cour a estimé que l'accusation n'avait pas prouvé l'intention d'intimider le gouvernement par les propos de l'opposant, élément nécessaire à cette qualification. Selon Xinhua, la condamnation repose sur l'article 390 du Code pénal, qui figurait dans l'acte d'accusation comme chef alternatif. Le juge s'est aussi appuyé sur l'article 319 du Code de procédure pénale, qui permet de condamner pour une infraction moindre même lorsqu'elle n'est pas listée séparément.
Les juges ont considéré que les déclarations de Tundu Lissu appelaient la population à empêcher et à perturber les élections générales d'octobre 2025. Xinhua rapporte que certains témoins de l'accusation ont affirmé que ces propos les avaient poussés à participer à des actions visant à perturber le scrutin. L'accusation avait fait comparaître 17 témoins. Lissu a reconnu avoir tenu ces propos, mais il les a défendus comme de l'expression politique légitime et a plaidé non coupable. Voice of Nigeria précise qu'il juge les poursuites motivées par des raisons politiques.
Un procès de 576 jours
Tundu Lissu a été arrêté le 9 avril 2025 dans le district de Mbinga, dans la région de Ruvuma, d'après Xinhua. Comme la trahison n'ouvre pas droit à la libération sous caution en Tanzanie, il est resté détenu pendant toute la procédure, qui a duré 576 jours selon l'agence. Le 21 août, la cour avait estimé qu'il avait des comptes à rendre et ouvert la phase de défense, selon un résumé consulté d'un média régional.
L'affaire s'inscrit dans le climat tendu qui a entouré les élections d'octobre 2025. Voice of Nigeria rappelle que Chadema avait été écarté du scrutin et que des enlèvements de critiques du pouvoir avaient été signalés. Des manifestations ont suivi le vote dans plusieurs villes. Une commission nommée par la présidente Samia Suluhu Hassan a conclu en avril à au moins 518 morts, qu'elle attribue aux manifestants ; des organisations de défense des droits humains ont accusé les forces de sécurité d'un usage excessif de la force, ce que le gouvernement a démenti.
Sécurité renforcée à Dar es Salaam
Le jour du verdict, la police a renforcé sa présence dans le centre de Dar es Salaam, avec des patrouilles armées et des points de contrôle aux principaux carrefours. Des sympathisants de Chadema et des habitants se sont rassemblés près du tribunal, dans le calme, d'après Xinhua.









