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Sommet des BRICS : Moscou et Téhéran pressent le bloc de se libérer du dollar

En marge du forum des affaires des BRICS à New Delhi, Vladimir Poutine et le président iranien Massoud Pezeshkian ont dénoncé de concert les sanctions occidentales et appelé à un usage accru des monnaies nationales dans le commerce du bloc. Un discours commun qui en dit long sur la convergence croissante entre les deux pays les plus sanctionnés de la planète.

JGJunior Gnapié12 septembre 20263 min de lectureLu 1 foisPolitique
Vue du Kremlin de Moscou
📷 Illustration : Vladimir Poutine a profité du forum des affaires des BRICS pour dénoncer les plus de 30 000 sanctions occidentales visant la Russie
New Delhi accueille cette fin de semaine la 18e édition du sommet des BRICS, et le forum des affaires qui la précède a déjà livré son lot de déclarations offensives. Vladimir Poutine et Massoud Pezeshkian, chacun à sa manière, ont profité de la tribune pour tenter de transformer leurs difficultés économiques communes en argument politique face aux autres membres du bloc élargi.
Le président russe a avancé un chiffre qu'il répète désormais régulièrement dans ses interventions internationales : plus de 30 000 sanctions occidentales viseraient aujourd'hui son pays, un niveau qu'il présente comme sans équivalent dans l'histoire diplomatique récente. Plutôt que de s'attarder sur les conséquences économiques de ces mesures, Poutine a préféré retourner l'argument, appelant les BRICS à se saisir de cette pression extérieure pour approfondir leurs échanges commerciaux, développer le tourisme entre pays membres et attirer davantage d'investissements privés en provenance du Sud global.

Pezeshkian, entre commerce et mise en garde géopolitique

Le président iranien a tenu un discours complémentaire, articulé autour d'un même refus : celui de voir une poignée de puissances continuer à dicter les règles du commerce mondial par leur seule domination financière et technologique. Pezeshkian a plaidé pour un recours accru aux monnaies nationales dans les échanges entre pays du bloc, une manière détournée d'évoquer la dédollarisation sans nécessairement employer ce terme devenu sensible dans les cercles diplomatiques occidentaux.

« Les tensions impliquant l'Iran, les États-Unis et Israël ont atteint un stade critique qui menace les marchés énergétiques mondiaux, a averti le président iranien devant les représentants économiques réunis à New Delhi. »

Cette mise en garde n'est pas qu'un exercice de rhétorique. Les conflits impliquant la Russie et l'Iran ont eu, ces derniers mois, un effet mesurable sur les cours mondiaux de l'énergie : le baril de brut américain a franchi la barre des 100 dollars, tandis que le prix du diesel aux États-Unis a atteint un record de 6 dollars le gallon. Deux chiffres que les analystes présents au forum n'ont pas manqué de relier directement à l'instabilité que Moscou et Téhéran contribuent eux-mêmes à alimenter, chacun sur son théâtre de conflit respectif.

Un discours commun, des intérêts qui ne se recoupent pas totalement

Reste que cette convergence de façade entre Moscou et Téhéran ne doit pas masquer des intérêts qui, sur le fond, ne coïncident pas entièrement. La Russie cherche avant tout à contourner l'isolement financier lié à la guerre en Ukraine et à sécuriser des débouchés pour son pétrole, notamment vers l'Inde, où les importations d'or noir russe représentent désormais plus de la moitié de l'approvisionnement national. L'Iran, de son côté, vise davantage à briser un isolement plus ancien, structurel, lié à son programme nucléaire et à ses tensions récurrentes avec Israël et Washington.
Les autres membres du bloc, à commencer par l'Inde elle-même, hôte du sommet, restent pour l'instant plus prudents sur l'ampleur réelle d'une dédollarisation qu'ils ne rejettent pas dans le principe, mais dont ils mesurent aussi les risques pour leurs propres relations commerciales avec Washington. La suite du sommet, samedi et dimanche, avec l'arrivée annoncée de Xi Jinping, dira si cet appel russo-iranien trouve un écho plus large chez les autres membres du bloc, ou s'il reste, comme souvent lors de ces grands raouts diplomatiques, un vœu affiché sans traduction concrète immédiate.
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