Le bilan s'alourdit à Komyshuvakha. Mercredi 4 novembre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé que 40 personnes avaient été tuées lors de l'attaque russe du lundi 2 novembre contre ce village du front, dans la région de Zaporijjia, selon Al Jazeera. Le 2 novembre, les autorités locales parlaient encore de 24 morts et de 27 disparus. Des corps n'ont pas encore été comptabilisés, et plus de 30 personnes pourraient se trouver sous les gravats, d'après les responsables cités par le média.
Une école qui servait de point de distribution d'aide
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, l'armée russe a largué plusieurs bombes sur un bâtiment scolaire utilisé pour distribuer de l'aide aux habitants. Une seconde frappe aurait ensuite touché un abri souterrain où se trouvaient de nombreuses personnes. Le dispositif de la police a diffusé des images de caméra-piéton montrant des habitants conduits vers cet abri, tandis qu'un policier reçoit par radio l'alerte d'une arrivée de bombes aériennes guidées.
Parmi les morts figurent quatre policiers et deux secouristes. Un autre média consulté, le site suisse Bluewin, précise dès le 2 novembre que le village avait été bombardé à plusieurs reprises, avec plus de dix bombes larguées au total, et que, selon M. Zelensky, l'une d'elles avait frappé directement un abri antiaérien. Komyshuvakha se trouve à environ 25 kilomètres à l'est de la ville de Zaporijjia, à un peu plus d'une dizaine de kilomètres de la ligne de front. La frappe est décrite par Al Jazeera comme l'une des plus meurtrières contre des civils depuis le début d'une guerre qui approche de sa cinquième année.
Les réactions
M. Zelensky a qualifié l'attaque de « vile frappe terroriste » et estimé qu'elle montrait que la Russie ne voulait pas de désescalade. Le 2 novembre, il avait déclaré que les habitants restés au village y recevaient chaque semaine de l'aide humanitaire, et que la Russie « ne pouvait pas ne pas le remarquer ». Il a appelé à une réponse internationale « forte et ferme ».
La mission de l'ONU pour la surveillance des droits de l'homme en Ukraine a indiqué mardi que le bombardement avait probablement violé le droit international. Dans les articles consultés, aucune réaction officielle de Moscou n'est rapportée à ce stade. Il n'est donc pas possible, à ce jour, de présenter la version russe des faits.
Sur place, Mykhailo Semikin, chef par intérim de l'administration militaire régionale, a assuré que les opérations de secours se poursuivraient, malgré la présence de drones russes qui gênent les recherches.
Des pourparlers annoncés à Abou Dhabi
Cette tragédie intervient alors qu'un nouveau cycle diplomatique se prépare. Selon Al Jazeera, les États-Unis ont annoncé des discussions les 10 et 11 novembre à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, avec des délégations ukrainienne et russe. L'émissaire américain Steve Witkoff a indiqué qu'elles porteraient sur la sécurité, la désescalade, des mesures humanitaires et la fin de la guerre. Vladimir Poutine aurait donné son accord après avoir rencontré M. Witkoff à Saint-Pétersbourg le 21 octobre.
Ces rencontres n'ont jusqu'ici produit que peu d'avancées. Toujours selon la même source, Moscou exigerait que Kiev cède des territoires, se démilite et s'engage à ne jamais rejoindre l'OTAN, des conditions que l'Ukraine refuse. Le président ukrainien affirme aussi que l'attaque a gâché l'occasion créée par un cessez-le-feu et une mission humanitaire menés la semaine précédente à Oleshky.
Ce que le drame change, et ce qu'il ne change pas
La frappe de Komyshuvakha s'ajoute à celle de la mi-octobre sur la ville de Zaporijjia, qui avait fait 23 morts dont quatre mineurs, d'après Bluewin. Les bombes planantes guidées par satellite, larguées à distance par des avions, jouent un rôle majeur dans ces attaques récentes. Elles permettent de frapper des zones proches du front sans que les appareils s'exposent à la défense antiaérienne.
Pour les lecteurs d'Abidjan4All, l'enjeu dépasse l'Europe de l'Est. La guerre en Ukraine pèse depuis 2022 sur les prix des céréales, des engrais et de l'énergie, avec des effets directs sur les budgets des ménages africains. Les négociations d'Abou Dhabi, si elles débouchaient sur des mesures humanitaires concrètes, pourraient donc avoir des conséquences bien au-delà du champ de bataille. Rien n'indique pour l'instant qu'un tel résultat soit proche.
Les chiffres peuvent encore évoluer. Les secours cherchent toujours des survivants, et les autorités ukrainiennes n'ont pas publié de liste définitive des victimes. Les informations sur le déroulement exact des frappes proviennent pour l'essentiel de sources ukrainiennes, que la partie russe n'a, à ce stade, ni confirmées ni démenties publiquement dans les médias consultés. Le rendez-vous des 10 et 11 novembre sera le premier test de la capacité des deux camps à transformer l'émotion suscitée par ce bombardement en gestes concrets, ou à constater une nouvelle fois l'absence d'accord.









