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Cœur artificiel français « sans donneur » pour toujours ? Ce que dit vraiment la science

Une publication virale affirme que la France a dévoilé un cœur artificiel capable de fonctionner indéfiniment, sans donneur. La réalité est plus nuancée : l’appareil existe, il s’appelle Aeson, et ses résultats cliniques, publiés fin août 2026, sont encourageants. Mais il est aujourd’hui indiqué comme « passerelle » en attendant une greffe, pas comme un remplacement définitif.

JGJunior Gnapié28 octobre 2026⏱ 2 min de lectureLu 1 foisSanté
La France devoile un coeur articificiel capable de battre eternellement
📷 Illustration : Le cœur artificiel Aeson fait ses preuves, mais reste un pont vers la greffe. © LinkedIn
Le message circule partout, avec une question à la fin : si les cœurs artificiels peuvent remplacer les greffes, faut-il encore des listes d’attente ? Avant d’y répondre, il faut démêler le vrai du faux.

Ce qui est vrai

L’appareil dont il est question est le cœur artificiel total Aeson, conçu par la société française Carmat. Il est destiné à remplacer entièrement le cœur de patients atteints d’insuffisance cardiaque biventriculaire avancée. Ses capteurs et son système d’autorégulation adaptent le débit sanguin à l’activité du patient. Il est fabriqué avec des matériaux biocompatibles, ce qui réduit les risques de rejet par rapport à une greffe. Les résultats de l’étude EFICAS ont été présentés le 31 août au congrès de la Société européenne de cardiologie à Munich et publiés dans l’European Heart Journal. Ils portent sur 55 patients implantés dans dix centres français entre décembre 2022 et mai 2025, des malades très graves : la moitié en choc cardiogénique et plus d’un tiers sous assistance respiratoire extracorporelle au moment de l’implantation.

À 180 jours, 72,7 % des patients (40 sur 55) remplissaient le critère principal : survivre, avec l’appareil ou après une greffe, sans accident vasculaire cérébral invalidant ni dysfonctionnement nécessitant une réintervention. Ce taux est nettement supérieur au seuil historique de 38 % observé avec les cœurs artificiels classiques. Parmi les patients, 96 % n’avaient pas subi d’AVC invalidant, 76 % étaient sortis de l’hôpital et 92 % des survivants se trouvaient en classes I ou II de la classification NYHA, c’est-à-dire avec peu ou pas de limitation d’activité.

Ce qui est exagéré

« Fonctionner indéfiniment » : non démontré. L’étude porte sur six mois de suivi. Le professeur André Vincentelli, auteur principal, a lui-même souligné la nécessité de poursuivre les recherches pour évaluer la durabilité du dispositif et son rôle éventuel au-delà de la phase de transition vers la greffe. « Sans donneur » : pas à ce stade. L’étude évalue Aeson comme « passerelle vers la transplantation », pas comme solution définitive. « Pas de problème » : faux. Les complications possibles (AVC, saignements, dysfonctionnement) font partie du suivi, même si leur fréquence est plus basse que prévu. Enfin, l’appareil reste coûteux, plus de 150 000 euros, et n’a pas encore obtenu de remboursement par l’Assurance maladie.

À noter aussi que Carmat a connu une liquidation judiciaire fin 2025 avant d’être reprise par l’industriel Pierre Bastid, et qu’elle cherche désormais des investisseurs.

Les listes d’attente vont-elles disparaître ?

Pas de sitôt. Le cœur artificiel peut aider des patients à survivre en attendant un greffon, ce qui est déjà précieux dans un contexte de pénurie d’organes. Mais il ne remplace pas la greffe aujourd’hui. Si les données à long terme se confirment, il pourrait un jour transformer la prise en charge de l’insuffisance cardiaque. En attendant, les médecins répètent que le don d’organes reste indispensable.
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