Chaque 27 septembre, le secteur touristique mondial se donne un thème. Celui de 2026, « le numérique et l'intelligence artificielle pour repenser le tourisme », tombait plutôt bien pour Abidjan, qui travaille depuis plusieurs mois à faire du digital l'ossature de sa stratégie sectorielle. Le ministre du Tourisme et des Loisirs, Siandou Fofana, ne s'est pas privé de le rappeler.
Son argumentaire s'appuie sur une série de chiffres devenus familiers dans les communications du ministère. En 2025, la Côte d'Ivoire aurait accueilli plus de 6,7 millions de visiteurs. Le tourisme pèserait 8,7 % du produit intérieur brut. Entre 2018 et 2025, le secteur aurait généré quelque 650 000 emplois, et le parc hôtelier atteindrait aujourd'hui environ 87 000 chambres. Des données qui émanent toutes du ministère, faute d'appareil statistique indépendant capable de les recouper.
Du béton à l'algorithme
La stratégie « Sublime Côte d'Ivoire », lancée en 2018 et désormais déclinée sur la période 2026-2030, changeait jusqu'ici de visage par le béton : le Ritz-Carlton, le complexe du Golf Hôtel, les trois tours prévues sur le site de l'AIP, l'Akwaba Parc Oriental annoncé à Songon. La nouvelle séquence déplace le curseur vers le logiciel.
Concrètement, le ministre évoque l'usage de l'IA pour affiner l'expérience client dans l'hôtellerie, personnaliser les offres de restauration et pousser la gastronomie ivoirienne, numériser le patrimoine culturel, cartographier les circuits écotouristiques et muscler la promotion de la destination à l'international. « Sublime Côte d'Ivoire constitue une vision associant innovation numérique, durabilité et hospitalité », a-t-il résumé. L'objectif affiché : figurer parmi les cinq premières destinations africaines à l'horizon 2030.
Le message ne s'adresse pas qu'aux grands groupes. Dans une dépêche distincte, l'Agence ivoirienne de presse rapporte que Siandou Fofana a invité les guides touristiques, profession souvent informelle et peu outillée, à s'approprier eux aussi le numérique et l'intelligence artificielle. Hôtels, restaurants, agences de voyages, opérateurs de toutes tailles : tous sont appelés à utiliser ces outils pour gagner en visibilité, mieux connaître leur clientèle et aller chercher de nouveaux marchés.
Le maillon faible
C'est précisément là que le discours rencontre le terrain. Une chaîne internationale installée à Cocody n'a aucune difficulté à déployer un moteur de réservation intelligent ou un système de tarification dynamique. Un maquis d'Assinie, une auberge de Man ou un guide indépendant de Grand-Bassam, c'est une autre histoire. Le coût des abonnements, la qualité de la connexion hors des grandes villes, la formation, la capacité à exploiter des données clients : chacun de ces points constitue un obstacle concret, et le ministère reconnaît d'ailleurs que le renforcement des capacités des PME du secteur figure parmi ses chantiers.
Le risque, si rien ne suit sur ce volet, est connu : une modernisation à deux vitesses, où le numérique creuse l'écart entre les opérateurs déjà structurés et le tissu de petites entreprises qui fait pourtant l'essentiel de l'emploi touristique ivoirien. Les 650 000 emplois revendiqués depuis 2018 ne viennent pas des palaces.
La feuille de route 2026-2030 mentionne également le développement du tourisme domestique et la diversification de l'offre, deux volets moins spectaculaires que l'IA mais qui pèsent lourd dans la fréquentation réelle. Beaucoup d'Ivoiriens ne connaissent pas les sites de leur propre pays, faute d'offres adaptées à leur budget. Aucun algorithme ne réglera ça tout seul.
Reste que l'annonce a le mérite de fixer un cap chiffré et daté, ce qui permettra de mesurer. Rendez-vous en 2030.







