Candace Owens savoure. « Extrêmement reconnaissante », a-t-elle réagi après la décision rendue le 27 octobre par le juge Sheldon Rennie, de la Cour supérieure du Delaware. L'influenceuse conservatrice américaine, poursuivie en diffamation depuis l'été 2025 par le couple présidentiel français, vient d'obtenir une première victoire. Mais elle est partielle, et le procès est loin d'être terminé.
Il faut d'abord rappeler le fond. Depuis des années, une rumeur circule sur les réseaux sociaux selon laquelle Brigitte Macron serait née homme. C'est faux. Candace Owens a pourtant fait de cette thèse un feuilleton, notamment à travers sa série de vidéos « Becoming Brigitte », lancée en janvier 2025, vue des millions de fois. En juillet 2025, Emmanuel et Brigitte Macron ont déposé plainte au Delaware, en l'accusant d'avoir sciemment diffusé des mensonges pour gagner en notoriété et en revenus.
Ce que le juge a décidé
Le juge Rennie a estimé que le tribunal du Delaware n'était pas compétent, à ce stade, pour juger Candace Owens à titre personnel. Elle réside dans le Tennessee. En revanche, les poursuites contre deux sociétés liées à elle et enregistrées dans le Delaware restent valides.
Concrètement, la différence est importante. Si ses entreprises étaient condamnées, ses biens personnels pourraient être protégés. Les Macron pourraient obtenir réparation, mais auprès de structures dont on ignore les actifs réels.
La prescription, véritable épée de Damoclès
Le point le plus délicat est ailleurs. Comme les plaignants sont français, le juge envisage d'appliquer le droit français de la prescription. Or en France, une action en diffamation doit en principe être engagée dans les trois mois suivant la publication. Ce délai peut être porté à un an pour certains propos, notamment à caractère sexiste ou discriminatoire. Si le juge retient le délai de trois mois, une grande partie de la plainte pourrait être déclarée irrecevable. Les deux parties doivent maintenant présenter leurs arguments.
Ce serait un paradoxe : les Macron ont précisément choisi les États-Unis pour attaquer Candace Owens là où elle diffuse ses contenus, avec des règles différentes. Se voir opposer le droit français par un tribunal américain serait un sérieux revers.
Une victoire de procédure, pas de vérité
Il ne faut pas se tromper sur le sens de cette décision. Le juge ne s'est pas prononcé sur le fond. Il n'a pas dit que Candace Owens avait le droit de propager cette rumeur, ni que ses propos étaient vrais. Il a tranché une question de compétence. C'est pourtant ainsi que ses soutiens présentent la décision sur les réseaux sociaux : comme une validation.
C'est tout le problème de ces affaires. La désinformation voyage plus vite que la justice. Une rumeur se répand en quelques heures, un procès dure des années, et chaque étape de procédure est récupérée comme une preuve. Pour Brigitte Macron, la bataille judiciaire américaine est aussi une bataille d'image. Elle a déjà dû produire des éléments pour démontrer une évidence, ce que des millions de femmes visées par des campagnes de harcèlement en ligne ne peuvent pas se permettre.
En Afrique aussi, ce feuilleton est suivi de près, souvent avec les mêmes raccourcis. Avant de partager une vidéo « révélation », il n'est pas inutile de rappeler qu'aucun tribunal n'a jamais validé cette rumeur. Le procès continue, et il pourrait encore durer longtemps.









