« Est-ce que vous pensez que c'est normal qu'on donne le système du contrôle du poids des produits vendus en Côte d'Ivoire à une société privée ? » Dans une intervention largement relayée sur les réseaux sociaux, Tiémoko Antoine Assalé, ancien député de Tiassalé et président du mouvement ADCI, a choisi un angle inattendu pour parler de la vie chère : la métrologie, autrement dit le contrôle des poids et mesures.
Selon lui, le ministre du Commerce lui-même aurait reconnu que l'État avait « concédé sa souveraineté en matière de métrologie à une société privée ». Et cette société, affirme-t-il, n'aurait pas contrôlé le poids des produits vendus, « notamment le poisson », depuis cinq ans.
Ce que l'on sait du contrôle des cartons
Sur ce point, l'opposant ne parle pas dans le vide. Le 26 octobre, sur Life TV, Habdramane Coulibaly, directeur exécutif d'Interpêche, l'interprofession des importateurs de poisson, déclarait que le contrôle métrologique des cartons de poisson n'était plus appliqué depuis 2020. « L'Ivoirien, quand il achète son carton de 10 kilos, il n'est pas sûr que c'est 10 kilos », résumait-il. Selon lui, le ministre du Commerce, informé, avait interrogé ses services et découvert, surpris, cette absence de contrôle. Marius Comoé, président de la Fédération des associations de consommateurs actifs, confirmait qu'une décision de 2020 avait suspendu ce contrôle, sans pouvoir en expliquer la raison.
L'absence de contrôle ne prouve pas que les cartons sont plus légers que prévu. Mais elle signifie que personne n'est en mesure de garantir le contraire. Le ministère n'a pas, à notre connaissance, communiqué publiquement sur l'opérateur privé évoqué ni sur les termes de sa délégation.
« De 20 000 à 36 000 francs »
L'autre cible d'Assalé, ce sont les prix. Il affirme que le chinchard a augmenté de près de 80 % entre 2024 et 2026, et le maquereau dans les mêmes proportions. « Rien ne justifie qu'on parte de 20 mille francs à 36 mille francs », lance-t-il, en accusant les contrôleurs des prix d'avoir « laissé faire ».
Les chiffres récents lui donnent en partie raison. Après la colère des commerçantes à Abobo, Yopougon, Daloa ou Odienné, le gouvernement a négocié en octobre une baisse de 2 500 francs CFA par carton, puis d'autres réductions sur le chinchard. Le carton se vendait jusqu'à 36 500 francs CFA avant la crise. Selon Assalé, la Côte d'Ivoire dépend à près de 89 % des importations pour son poisson, ce qui la rend vulnérable à chaque hausse.
Un Parlement de partis ?
Mais la charge la plus politique vise l'Assemblée nationale. « Beaucoup se considèrent comme élus des partis politiques et non élus des populations », estime-t-il, en doutant que le Parlement ait atteint la « masse critique » nécessaire pour peser. Il demande qui, parmi les députés, se lèvera pour réclamer des comptes, et plaide pour une enquête parlementaire : « Combien de milliards ont-ils engrangés sur le dos des Ivoiriens sans aucune justification ? »
Il faut le rappeler : Assalé Tiémoko a perdu son siège de Tiassalé aux législatives de décembre 2025. Il parle désormais de l'extérieur de l'hémicycle, ce qui donne à ses critiques une liberté de ton, mais aussi une part de règlement de comptes.
Notre regard
Sur le fond, la question est légitime. Le contrôle des poids et mesures est une fonction régalienne de base : il protège le consommateur le plus modeste, celui qui achète son poisson au marché. Si l'État l'a délégué, les Ivoiriens ont le droit de savoir à qui, à quelles conditions et avec quels résultats. Si ce contrôle n'a plus été exercé depuis 2020, il faut savoir pourquoi et qui en a profité.
Une enquête parlementaire serait l'outil adapté. La balle est dans le camp des députés. Leur réponse dira si Assalé Tiémoko a tort ou raison sur le point qui fâche le plus : celui d'un Parlement qui contrôle peu le gouvernement.









