Le procès devait être celui de Mark Zuckerberg. Il sera celui d'Evan Spiegel. Vendredi 30 octobre, deux jours après le début de la sélection du jury, Meta a conclu un accord confidentiel avec K.D.B., une jeune femme de 18 ans originaire du Mississippi. Une semaine plus tôt, le groupe avait déjà transigé avec l'autre plaignante, S.J., 16 ans, originaire de l'Illinois. Les deux adolescentes accusent les réseaux sociaux de les avoir rendues dépendantes et d'avoir contribué à leurs troubles, notamment dépression et troubles alimentaires.
Conséquence directe : Mark Zuckerberg et Adam Mosseri, le patron d'Instagram, attendus à la barre à la mi-novembre, n'auront pas à témoigner. TikTok et YouTube avaient eux aussi transigé dans les semaines précédentes. Snap Inc., la maison mère de Snapchat, se retrouve seule sur le banc des accusés. Les déclarations d'ouverture sont prévues le 4 novembre devant la juge Carolyn Kuhl, à la Cour supérieure de Los Angeles.
Le précédent qui fait peur à Meta
Pour comprendre la stratégie de Meta, il faut revenir au premier procès test, au début de l'année. En février, Mark Zuckerberg avait dû s'expliquer devant les jurés. Selon plusieurs observateurs, ses réponses, tout comme celles d'Adam Mosseri, s'étaient révélées contre-productives. En mars, le jury avait jugé Meta et YouTube négligents et accordé 6 millions de dollars à la plaignante. Meta a fait appel.
Six millions, c'est peu pour un groupe qui pèse des milliers de milliards. Mais le danger est ailleurs. Des milliers de familles ont engagé des poursuites similaires, en Californie et devant la justice fédérale. Chaque verdict défavorable devient un argument pour les suivants. Chaque témoignage de dirigeant, une pièce que les avocats réutiliseront. En transigeant, Meta achète le silence d'un jury et évite de nourrir la jurisprudence. Les accords ne créent ni fonds d'indemnisation ni droit pour les autres familles.
Snapchat, l'accusé qui reste
Snap, de son côté, conteste les accusations. Son porte-parole insiste sur une différence de conception : Snapchat « s'ouvre sur un appareil photo, pas sur un fil » d'actualité. L'argument vise à se distinguer d'Instagram ou de TikTok, accusés d'enfermer les adolescents dans un défilement sans fin. Le jury dira s'il convainc. Le procès pourrait durer plusieurs semaines et son patron, Evan Spiegel, devrait être appelé à témoigner.
Snap avait lui-même transigé avant le premier procès. Cette fois, il a choisi d'aller jusqu'au verdict. Pari risqué : s'il perd, il deviendra le visage de l'addiction aux réseaux sociaux pendant que ses concurrents se seront tenus à l'écart.
Et chez nous ?
Ce procès se joue à des milliers de kilomètres d'Abidjan, mais il concerne directement les familles ivoiriennes. Instagram, TikTok, Snapchat et YouTube sont massivement utilisés par les adolescents du pays, souvent sans aucun contrôle parental. Les mécanismes dénoncés à Los Angeles, notifications incessantes, fils sans fin, filtres de beauté, sont les mêmes ici.
La différence, c'est qu'aux États-Unis, des familles peuvent traîner ces géants en justice et obtenir des documents internes accablants. En Côte d'Ivoire comme dans la plupart des pays africains, aucun cadre juridique ne permet aujourd'hui de leur demander des comptes sur la santé mentale des jeunes. Les accords confidentiels de Meta rappellent une vérité simple : ces entreprises savent que leurs produits posent problème. Elles préfèrent payer plutôt que de laisser un jury le dire publiquement. À nos parlementaires et à nos régulateurs de s'en emparer avant que la facture sanitaire n'arrive.









