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À Freetown, le président guinéen Mamadi Doumbouya plaide pour la fin des sanctions systématiques de la CEDEAO

Freetown (Sierra Leone) — C'était un retour très attendu sur la scène diplomatique ouest-africaine. Réuni dimanche 19 juillet à Freetown pour le 69e sommet ordinaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le président guinéen Mamadi Doumbouya a livré, devant ses homologues, sa toute première allocution à une conférence des chefs d'État de l'organisation depuis le coup d'État militaire du 5 septembre 2021 qui l'avait porté au pouvoir.

JGJunior Gnapié23 juillet 20263 min de lectureActualité
Le président guinéen Mamadi Doumbouya
📷 Illustration : Le président guinéen Mamadi Doumbouya © Libre Opinion Guinée

Le message central de son intervention a été sans ambiguïté : les sanctions, a-t-il affirmé, ne constituent pas une réponse adaptée aux crises politiques traversées par certains États membres. « Notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe quand elle devait être le dernier recours », a-t-il déclaré à la tribune, avant de dénoncer les conséquences concrètes de ces mesures sur les populations, évoquant notamment leurs répercussions sur l'accès aux marchés et sur l'économie informelle.

Un plaidoyer pour l'intégration économique

Loin de se limiter à une critique, le chef de l'État guinéen a défendu une vision alternative pour l'organisation régionale, fondée sur le renforcement des échanges commerciaux, des infrastructures partagées et de la libre circulation des personnes. « Là où il y a le développement économique, il y a la paix », a-t-il résumé, plaidant pour une CEDEAO davantage tournée vers les besoins quotidiens de ses citoyens que vers les mécanismes punitifs. Sans citer nommément un pays, son intervention a été largement interprétée comme un appel implicite à revoir la doctrine appliquée aux régimes issus de transitions militaires, dont la Guinée elle-même a longtemps fait l'expérience.

Une CEDEAO en pleine recomposition

Ce plaidoyer intervient à un moment charnière pour l'organisation régionale. Le sommet de Freetown, une première pour la Sierra Leone en tant que pays hôte, a également acté une double transition institutionnelle : le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye est pressenti pour succéder à Julius Maada Bio à la présidence tournante de la Conférence des chefs d'État, tandis que le général sénégalais Birame Diop devrait prendre la tête de la Commission de la CEDEAO, en remplacement du Gambien Omar Alieu Touray. Ce renouvellement des instances dirigeantes se déroule sur fond de crise persistante avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont officiellement quitté l'organisation pour former l'Alliance des États du Sahel (AES), après plusieurs années de sanctions consécutives à des coups d'État militaires dans ces trois pays. La question de l'avenir des relations entre la CEDEAO et ce bloc sahélien dissident a figuré, selon plusieurs participants, parmi les dossiers les plus sensibles des discussions à huis clos.

Un débat qui dépasse le seul cas guinéen

L'intervention de Mamadi Doumbouya a trouvé un écho favorable auprès de plusieurs observateurs des relations internationales ouest-africaines, qui appellent depuis plusieurs mois à une réforme en profondeur des mécanismes de sanction de l'organisation, jugés à la fois peu dissuasifs vis-à-vis des juntes militaires et lourds de conséquences pour les populations civiles. D'autres voix, plus critiques, rappellent toutefois que l'assouplissement de la doctrine des sanctions pourrait envoyer un signal ambigu aux acteurs tentés par une prise de pouvoir par la force, dans une région qui a connu plusieurs coups d'État depuis 2020. Alors que la CEDEAO s'apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire sous une présidence sénégalaise, la question posée à Freetown restera d'actualité dans les prochains mois : l'organisation régionale saura-t-elle réformer ses instruments d'action collective sans pour autant renoncer à défendre les principes démocratiques qui ont présidé à sa création en 1975 ?

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