Ahmadou Al Aminou Lô a livré, mardi 8 septembre, sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée nationale sénégalaise. RFI situe l'exercice à deux heures trente ; Jeune Afrique parle d'un « marathon » de « pas moins de huit heures » face aux députés. Sur un point, en tout cas, les deux titres se rejoignent : le Premier ministre a assumé, sans détour, l'accord conclu la semaine précédente avec le Fonds monétaire international pour restructurer une dette que France 24 chiffre à 132 % du PIB.
« Nous nous sommes appauvris en 2025 et nous allons encore nous appauvrir en 2026 », a déclaré Al Aminou Lô, dans un registre que RFI décrit comme celui d'un « technocrate » cherchant à rassurer par le réalisme plutôt que par la promesse. Pour le Pastef, parti majoritaire à l'Assemblée, ce réalisme a un autre nom : la soumission aux « diktats » du FMI qu'Ousmane Sonko, l'ancien Premier ministre aujourd'hui président de l'Assemblée nationale, avait toujours rejetés.
Une confiance non demandée, un risque évité
Signe des tensions, Al Aminou Lô n'a pas pris le risque de demander la confiance des députés : une manière d'écarter la menace d'une motion de censure dans un hémicycle où le président Bassirou Diomaye Faye, après avoir limogé Sonko, doit désormais composer avec la formation de son ancien Premier ministre, toujours majoritaire. Jeune Afrique y voit la confirmation des « tiraillements » entre gouvernement et majorité parlementaire.
Selon RFI, seule source à rapporter ce passage du discours, Al Aminou Lô a aussi condamné une « montée de discours xénophobes » visant les ressortissants de la sous-région installés au Sénégal, sans citer nommément le député nationaliste Tahirou Sarr, qui accuse depuis plusieurs semaines les commerçants guinéens de nuire à l'économie nationale. « Nous avons tous des parents venus de la sous-région. Cette stigmatisation ne nous grandit pas », a lancé le Premier ministre.
Une presse plutôt conquise
Sur la forme, la performance a été jugée convaincante par une partie de la presse dakaroise. Le Premier ministre y est qualifié d'« imperturbable » et de « pugnace » ; Walf Quotidien titre qu'il « tient tête à l'Assemblée ». De quoi, selon un professeur de sciences politiques cité par RFI, « rassurer » une opinion publique fatiguée par le bras de fer entre Diomaye Faye et Sonko.
Pour la Côte d'Ivoire et le reste de la zone UEMOA, où le franc CFA reste arrimé à l'euro, la trajectoire budgétaire sénégalaise n'est pas un sujet lointain. Elle teste, grandeur réelle, la marge de manœuvre dont dispose un État de la zone pour renégocier sa dette sans renoncer à ses dépenses sociales, un exercice que d'autres gouvernements de l'Union surveillent, à des degrés divers, pour leurs propres comptes.







