« En 2027, on ne demande pas la permission. On gagne. » Le message posté par Jean-Luc Mélenchon au soir du 7 novembre résume l'état d'esprit d'une journée pensée pour impressionner. Au Parc des expositions du Bourget, en Seine-Saint-Denis, La France insoumise revendique plus de 20 000 participants et un millier de bénévoles. L'occasion : la présentation de la nouvelle édition de son programme, « L'Avenir en commun », publié la veille.
Un programme-fleuve, présenté comme le « premier candidat »
Le document compte 1 069 mesures, dont environ 238 nouvelles, et fait de l'écologie la porte d'entrée de ce que LFI appelle désormais la « Nouvelle France ». Sur scène, les cadres se sont relayés pour en détailler les piliers : un Smic porté à 1 700 euros, des repas à un euro, le droit de vote à 16 ans, la reconstruction de l'école publique, une VIe République. Manon Aubry a promis d'aller chercher les milliardaires exilés fiscaux « jusqu'en enfer s'il le faut ». Un fil rouge mis en scène par vidéo, une jeune femme enceinte, salariée dans un bar, servait de visage au programme.
« Le premier candidat chez nous, c'est le programme », a insisté le député Aurélien Le Coq. La formule est habile. Elle répond aux critiques sur la personnalisation d'un mouvement entièrement construit autour de son fondateur, tout en laissant celui-ci conclure la journée. Mélenchon l'a fait sur le registre qui est le sien : « La France est en état d'ébullition sociale. » Il a parlé d'« agonie macroniste », et dans un message ultérieur de « dix ans de révolution libérale » qui auraient « abîmé et détruit » le pays. Il a surtout refusé d'arrondir les angles : pas question d'être « moins clivant ». « Il est l'heure de tout changer. »
Victor Hugo, la Seine-Saint-Denis et la « parole qu'on a voulu faire taire »
Le choix du lieu n'a rien d'anodin. En plaçant la convention en Seine-Saint-Denis, département le plus jeune et l'un des plus pauvres de métropole, LFI s'adresse d'abord à son électorat le plus fidèle : les quartiers populaires, où vit une large part des diasporas africaines de France. Le maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, figurait parmi les orateurs, comme le député Aly Diouara. Mélenchon a dit avoir « porté la parole de nos quartiers populaires », « celle qu'on a voulu faire taire ».
Le moment le plus commenté sur les réseaux a été la lecture par douze élus insoumis d'un texte de Victor Hugo, « Nous sommes tes fils, Révolution ! ». « Aujourd'hui pour toute la terre, la France s'appelle Révolution ; et désormais ce mot, Révolution, sera le nom de la civilisation jusqu'à ce qu'il soit remplacé par le mot Harmonie. » Choisir Hugo plutôt qu'un théoricien marxiste, c'est revendiquer la grande tradition républicaine française. C'est aussi une manière de répondre à ceux qui décrivent LFI comme un parti hors du « champ républicain ».
Un contexte social qui sert le discours
La convention intervient dans un climat particulier. Depuis la mi-septembre, la France vit une mobilisation lycéenne puis étudiante d'une ampleur rare, contre les classes surchargées, le manque de professeurs et Parcoursup. Le gouvernement de Sébastien Lecornu accuse LFI de « surenchère irresponsable » et de récupération politique. Mélenchon retourne l'argument : « Le mouvement social actuel, comme notre candidature, fait le procès de dix ans de révolution libérale macroniste. » Il mise sur la jonction entre la rue et l'urne, comme en 2022.
Les chiffres de la campagne restent toutefois à consolider. LFI revendique 380 000 signatures de soutien, mais n'a pas communiqué le nombre de promesses de parrainages d'élus, alors qu'il en faut 500 pour être candidat. Selon les sondages évoqués par la presse, Mélenchon est en position de disputer une qualification au second tour. Les cadres du mouvement reconnaissent eux-mêmes que celui-ci « n'est pas réglé d'avance ».
Notre regard
La démonstration de force est réussie, et personne à gauche ne peut aujourd'hui remplir le Bourget. Mais la stratégie choisie a un prix connu. En renvoyant dos à dos le gouvernement, le Rassemblement national, les socialistes (« Hollande, je m'en fous », a lâché un cadre) et une partie des médias, Mélenchon consolide un bloc solide sans l'élargir. C'est précisément ce qui lui a manqué en 2017 et en 2022, à quelques centaines de milliers de voix du second tour.
« On ne demande pas la permission » est un slogan efficace pour une salle de 20 000 personnes. Il l'est beaucoup moins pour convaincre l'électeur hésitant, celui qui partage la colère sociale mais redoute la rupture. Pour les Français d'origine africaine des quartiers populaires, très sollicités par cette campagne, la question est simple : qu'est-ce que ces 1 069 mesures changeront concrètement à leur loyer, à leur école et à leurs contrôles d'identité ? Le programme y répond en partie. Il reste à Mélenchon à peine cinq mois avant le premier tour pour prouver qu'il peut parler au-delà de ceux qui l'acclament déjà.









