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« La violence verbale est le préalable aux coups » : les policiers d'Alliance haussent le ton face aux lycéens mobilisés

Après sept semaines de blocus, d'affrontements et d'interpellations, le syndicat Alliance Police nationale réclame qu'on reconnaisse la violence subie par les forces de l'ordre, y compris celle des mots. Une prise de parole légitime, qui risque pourtant de faire oublier pourquoi des milliers de lycéens sont descendus dans la rue.

ZKZina Kouassi8 novembre 2026⏱ 4 min de lectureActualité
Les policiers d'Alliance haussent le ton face aux lycéens mobilisés
📷 Illustration : Les policiers d'Alliance haussent le ton face aux lycéens mobilisés © Abidjan4all
« Le policier, c'est un citoyen comme les autres. Il y a ce que l'on prend comme projectiles, mais il y a aussi les mots. Toute cette violence verbale, cette violence symbolique, c'est le préalable à toutes les violences physiques. » La phrase est de David Leyraud, superviseur national du syndicat Alliance Police nationale. Elle tombe alors que la France entre dans sa huitième semaine de mobilisation lycéenne et que les forces de l'ordre se sentent prises entre deux feux.

Un mouvement parti des classes surchargées

Tout a commencé à la mi-septembre en Île-de-France. Des lycéens ont bloqué leurs établissements pour dénoncer des classes de 35 élèves, des professeurs absents pendant des trimestres entiers et des bâtiments où l'on étouffe l'été et grelotte l'hiver. Le mouvement s'est étendu en quelques jours à Marseille, Lille, Lyon, Grenoble et Nice, puis aux universités, avec deux revendications centrales portées par l'intersyndicale : l'abrogation de Parcoursup et un plan de 10 milliards d'euros pour l'éducation.
La violence a suivi l'ampleur. Le 27 septembre, on comptait déjà 164 interpellations. Le 1er octobre, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez faisait état de 1 027 établissements touchés, de 1 949 interpellations et de près de 300 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement. Un lycée a été incendié à Nantes. À Belfort, un policier a été roué de coups par des adolescents depuis mis en examen. Des enseignants, des chefs d'établissement, des pompiers et des journalistes ont aussi été pris pour cible.

Ce que disent les policiers

C'est dans ce climat que les syndicats de police montent au créneau. Alliance multiplie les prises de parole. Dans le Nord, son délégué Jean-Pierre Cloez réclamait dès octobre l'application du principe « tu touches à un policier, tu dors en prison », des peines planchers et une réforme de l'ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs. Il racontait aussi le cas de la fille d'un collègue, harcelée de photos et de vidéos à cause du métier de son père.
Le propos de David Leyraud va plus loin. Il ne vise pas seulement les pavés, mais les slogans, les insultes, les tags et les vidéos qui présentent le policier comme un ennemi. L'argument mérite d'être entendu : la déshumanisation précède souvent le passage à l'acte, et un agent de 25 ans posté devant un lycée n'est pas responsable de la politique éducative. Les syndicats de police visent aussi, sans toujours le dire, La France insoumise, accusée par le gouvernement de Sébastien Lecornu d'avoir attisé le mouvement.

Une réponse gouvernementale jugée tardive

De l'autre côté, la Ligue des droits de l'homme, le Snes-FSU et plusieurs chercheurs dénoncent un dispositif sécuritaire « disproportionné », des nasses, des interdictions de manifester et des interpellations massives de mineurs. Le Snes-FSU juge les revendications légitimes tout en condamnant les violences, et reproche aux interventions policières d'avoir été menées « sans discernement ».
Le gouvernement a fini par lâcher du lest fin octobre : remplacement progressif de Parcoursup d'ici 2028, 500 postes supplémentaires, plafonnement à 28 élèves en classe de seconde, 15 000 places de plus dans l'enseignement supérieur. Insuffisant pour les organisations de jeunesse. Le 3 novembre, le ministère comptait 48 lycées bloqués, l'Union syndicale lycéenne en revendiquait 500. Le mouvement a rejoint le 5 novembre la journée de grève interprofessionnelle.

Notre regard

Il faut prendre au sérieux ce que dit David Leyraud. Trois cents policiers blessés en quinze jours, ce n'est pas un détail, et aucune cause, si juste soit-elle, ne justifie qu'on frappe un agent ou qu'on incendie un lycée. Les mots comptent, et ceux qui, dans la classe politique, flattent la haine du policier portent une part de responsabilité.
Mais le même raisonnement vaut dans l'autre sens. Quand des élèves de 16 ans passent un trimestre sans professeur de mathématiques, c'est aussi une violence, silencieuse, institutionnelle, qui précède la colère. Les lecteurs ivoiriens connaissent bien ce mécanisme : les classes pléthoriques d'Abidjan ont nourri plus d'une grève scolaire. En France comme ailleurs, la répression peut contenir un mouvement de jeunesse quelques semaines. Elle ne règle jamais ce qui l'a provoqué. Le meilleur service à rendre aux policiers épuisés devant les grilles serait de ne plus avoir besoin de les y envoyer.
ZKZina Kouassi — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Actualité
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