Les côtes de l'archipel espagnol connaissent un nouveau pic d'arrivées. Selon Reuters, les services de sauvetage maritime ont secouru 3 261 migrants durant les six premiers jours de novembre. Dans la seule soirée du jeudi 5 novembre, environ 500 personnes ont été prises en charge à bord de deux embarcations, et un corps a été retrouvé. Euronews, de son côté, compte 4 587 arrivées à bord de 49 cayucos depuis le début du mois, un décompte arrêté à une autre heure et qui ne coïncide donc pas exactement avec celui de Reuters.
El Hierro, une île au bord de la saturation
C'est à La Restinga, petit port de l'île d'El Hierro, que se concentre la pression. L'île compte environ 11 400 habitants, et ses services de santé et d'assistance sont dimensionnés pour cette population. Fernando Clavijo, président du gouvernement des Canaries, décrit une situation « absolument insoutenable ». Il explique que des bus ont été détournés vers les opérations migratoires et que du personnel médical a dû être envoyé depuis d'autres îles. Un nourrisson gravement malade a été évacué par hélicoptère vers l'hôpital à son arrivée.
Ce n'est pas la première alerte. Fin octobre, Vozpopuli rapportait que 1 539 personnes étaient arrivées à El Hierro en une semaine, à bord d'une vingtaine de cayucos, et que 471 d'entre elles avaient été transférées par ferry vers Gran Canaria en une seule journée. M. Clavijo avertissait déjà que l'hôpital de l'île risquait de « s'effondrer de nouveau ».
Une lettre à Bruxelles
Le 6 novembre, le dirigeant canarien a adressé un courrier au commissaire européen à la Migration, Magnus Brunner. Il y réclame une intervention urgente, l'activation de fonds d'urgence européens, un sommet d'urgence entre Bruxelles et Madrid, ainsi que le déploiement des agences européennes de contrôle des frontières et d'accueil. Il demande aussi un renforcement de la coopération avec le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal et la Gambie, et une participation directe du gouvernement canarien au suivi de la situation. « La solidarité européenne doit devenir effective lorsqu'une frontière commune fait face à une situation extraordinaire », écrit-il, selon Euronews.
Sur la question d'un éventuel état d'urgence, la prudence s'impose. Le terme circule dans certains titres, mais Euronews précise que sa source ne signale aucune mesure juridique de ce type : elle parle d'une « situation critique » et d'un risque de dépassement des capacités d'accueil. Nous n'avons pas trouvé de texte officiel confirmant une déclaration formelle.
Des chiffres qui racontent deux histoires
Le tableau est contrasté. D'après Reuters, les arrivées ont reculé d'environ 61 % sur les dix premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2024, année record. Selon le ministère espagnol de l'Intérieur cité par Euronews, le premier trimestre 2026 n'a compté que 3 708 arrivées, alors qu'octobre en a totalisé 6 194, un record pour l'année. Fin octobre, le délégué du gouvernement à Madrid, Anselmo Pestana, estimait la baisse annuelle à environ 30 % par rapport à 2025 et affirmait que près de deux tiers des personnes qui tentent la traversée sont interceptées avant d'arriver. Ces comparaisons portent sur des périodes différentes et ne sont pas directement superposables, mais elles convergent sur un point : après une année calme, l'automne marque un net rebond.
Les autorités attribuent cette remontée à la mer plus calme, qui favorise les départs à cette saison. M. Clavijo affirme que le rythme actuel se rapproche, certains jours, des niveaux de 2024.
Un enjeu humain et diplomatique pour l'Afrique de l'Ouest
La route atlantique depuis l'Afrique de l'Ouest reste l'une des plus meurtrières au monde. Au moins neuf personnes sont mortes au large des Canaries ces dernières semaines, selon Reuters. Fin octobre, deux jeunes décédés à bord d'un cayuco de 131 personnes ont été enterrés à El Pinar, et la Guardia Civil enquête sur la mort d'un mineur qui aurait été jeté par-dessus bord pendant une traversée.
Le Sénégal est directement concerné : plus de 4 000 migrants y ont été interceptés en 2026, à bord de 64 embarcations à destination des Canaries, selon Euronews. Pour les familles ouest-africaines, y compris ivoiriennes, et pour les diasporas installées en Europe, ces départs rappellent le poids des départs par la mer et la pression sur les pays de transit.
Ce qu'il faut suivre
La réponse de Bruxelles à la lettre de M. Clavijo reste à connaître, tout comme l'éventuelle activation de fonds d'urgence. Les prochains bilans du ministère espagnol de l'Intérieur diront si novembre confirme un mois exceptionnel, ou si le pic observé en octobre s'atténue avec la météo.









