Accueilli le 1er septembre à l'aéroport du Caire par son homologue Abdel Fattah al-Sissi, Xi Jinping effectuait sa première visite en Égypte depuis 2016. L'événement coïncide avec le 70e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, une date que Pékin et Le Caire ont voulu marquer par la signature d'un communiqué conjoint destiné à « approfondir » le partenariat stratégique global qui les lie depuis 2014.
Sur le plan économique, les deux dirigeants se sont mis d'accord pour accroître les investissements chinois dans la zone économique du canal de Suez. Un accord lançant la troisième phase de la zone industrielle égypto-chinoise a été signé à cette occasion : cette zone accueille déjà 200 entreprises et représente environ quatre milliards de dollars d'investissements, selon les autorités égyptiennes. Au total, cinq accords structurants et plus d'une vingtaine de documents de coopération ont été paraphés en marge de la visite, couvrant les télécommunications, les transports, le secteur financier et l'intelligence artificielle.
Les capitaux chinois ne sont pas nouveaux dans les grands projets du président Sissi. Ils ont notamment financé le quartier des finances et des affaires de Wedian, dans la nouvelle capitale administrative égyptienne construite à une cinquantaine de kilomètres à l'est du Caire. Pékin est par ailleurs devenu un exportateur de poids vers l'Égypte, avec un excédent commercial atteignant 12 milliards de dollars sur les sept premiers mois de 2026, selon les douanes chinoises. La coopération militaire suit la même trajectoire : l'Égypte, un des plus gros acheteurs d'armes au monde sous l'administration Sissi, a accueilli en août d'importants exercices aériens conjoints avec l'armée chinoise, impliquant le chasseur J-16.
Mais cette visite ne se limitait pas aux seules questions bilatérales. Elle intervenait alors que le conflit opposant les États-Unis et Israël à l'Iran a repris fin août après un mois d'accalmie, plongeant à nouveau la région dans l'incertitude. Xi Jinping a mis en garde contre les « ingérences extérieures » au Moyen-Orient, une formule qui vise implicitement Washington, tout en appelant à des solutions diplomatiques. La Chine, qui reste un acheteur majeur de pétrole iranien, cherche à défendre ses propres intérêts économiques face aux sanctions américaines visant les partenaires commerciaux de Téhéran, sanctions qui touchent aussi, par ricochet, certaines banques égyptiennes.
Cette visite s'inscrit enfin dans un calendrier diplomatique chargé. Elle précède de quelques semaines une rencontre annoncée entre Xi Jinping et Donald Trump, et les analystes y voient une tentative chinoise de renforcer ses liens avec des pays proches de Washington avant cette échéance. L'Égypte, l'un des plus gros bénéficiaires de l'aide militaire américaine et médiateur historique au Moyen-Orient, entend de son côté utiliser sa relation avec Pékin pour affirmer une forme d'autonomie stratégique, en montrant qu'elle peut tirer parti à la fois de ses liens avec les États-Unis et de ceux qu'elle entretient avec la Chine.
Les deux capitales ont par ailleurs affiché leur volonté de renforcer leur convergence dans les enceintes multilatérales, des Nations unies aux BRICS en passant par le G20. Des travaux techniques doivent désormais suivre pour décliner les mémorandums signés au Caire en projets opérationnels concrets, notamment dans la zone du canal de Suez.







