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Crise de Ceuta : un rapport de la police espagnole met en cause le Maroc, Madrid le dément

Fin juillet, des dizaines de milliers de migrants ont afflué en quelques heures vers l'enclave espagnole de Ceuta. Un rapport de la police, révélé début septembre, évoque la « permissivité » des forces marocaines. Le gouvernement espagnol, qui avait exonéré Rabat de toute responsabilité, dément l'existence même de ce document.

JGJunior Gnapié7 septembre 20262 min de lectureLu 18 foisActualité
Clôture frontalière métallique, photo d'illustration générique
Les 30 et 31 juillet, plusieurs dizaines de milliers de migrants ont franchi en quelques heures la frontière séparant le Maroc de l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord. Le gouvernement local de Ceuta a décrit l'épisode comme le pire jamais vu dans le territoire. Selon Madrid, la quasi-totalité des quelque 60 000 personnes entrées illégalement ont depuis été renvoyées de l'autre côté de la frontière.
Le bilan humain, lui, ne fait pas consensus. Madrid évoque au moins 72 morts. Le ministère marocain de l'Intérieur, de son côté, n'a reconnu que 11 décès, dix par noyade et un après une chute depuis une zone rocheuse. L'Association marocaine des droits humains (AMDH) avance un bilan bien plus lourd, « près de 130 victimes », et des dizaines de disparus. Elle a dénoncé, dans la foulée, « le silence inquiétant des responsables et des institutions » marocains.

Un rapport qui embarrasse Madrid

Début septembre, un nouvel élément est venu compliquer la position officielle espagnole. Un rapport de la police, consulté par l'AFP et d'abord révélé par le média en ligne El Español, évoque un déploiement policier marocain « sensiblement plus réduit que d'ordinaire » lors de l'afflux, et pointe la « permissivité » des forces de l'ordre marocaines. Rédigé par les enquêteurs du Centre national de l'immigration et des frontières (CENIF), le document va jusqu'à relever des « attitudes compatibles avec un comportement de facilitation de l'immigration irrégulière ». Selon les témoignages de migrants qu'il cite, les policiers marocains les auraient même orientés vers un point de passage précis, la jetée d'El Tarajal, plutôt que vers d'autres accès.
Voilà qui contredit frontalement la position du gouvernement de Pedro Sánchez, qui avait exonéré le Maroc de toute responsabilité, assurant qu'aucun service de renseignement espagnol ne faisait apparaître de doute sur une éventuelle participation des autorités marocaines. Le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a lui-même demandé des comptes au directeur général de la police sur ce rapport. Dans la journée, la direction de la police espagnole a démenti à plusieurs reprises l'existence d'un document impliquant les forces marocaines, un démenti que les termes mêmes du rapport, tels que rapportés par l'AFP, rendent difficile à concilier.

Une hypothèse politique, pas une preuve

Pour certains analystes cités par France24, la crise pourrait avoir été un message adressé par Rabat à Madrid sur le dossier du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole revendiquée par le Front Polisario et soutenue par l'Algérie, après une visite de Pedro Sánchez à Alger en juillet. L'hypothèse reste, à ce stade, une lecture parmi d'autres : aucune des deux sources consultées ne l'établit comme un fait.
Ce que confirment en revanche les deux articles, c'est l'ampleur humaine du drame : sur le terrain, des mineurs isolés dormant en plein air dans une zone industrielle désaffectée, des rumeurs relayées sur les réseaux sociaux annonçant à tort une frontière ouverte, et jusqu'au pape Léon XIV, qui a dit suivre la situation « avec inquiétude ».
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