Dans le football ivoirien, une rumeur sortie d'un vestiaire peut faire le tour des réseaux en une heure. Une fausse annonce de transfert, une blessure inventée, une déclaration sortie de son contexte, et c'est un joueur, un entraîneur ou un club qui en paie le prix. C'est précisément contre ces dérives que l'Autorité nationale de la presse (ANP) a formé, pendant quatre mois, une trentaine de journalistes sportifs.
Le jeudi 29 octobre, à Abidjan, ils ont reçu leurs parchemins. Ces auditeurs de la 5e promotion de la Master Class, spécialité sport, viennent de 28 organes de presse, de la presse écrite aux radios en passant par les sites d'information. La formation s'est tenue de novembre 2025 à février 2026.

Un programme qui va au-delà du compte rendu de match
Au menu : la couverture des différentes disciplines, l'économie et la gouvernance du sport, les grands genres journalistiques appliqués au sport, l'usage des outils numériques et de l'intelligence artificielle, l'éthique et la déontologie. Certains modules ont surpris les participants. Oguéhi Michel, de l'Agence ivoirienne de presse, cite ceux sur la médecine du sport et les faits de jeu : « Ils me permettent aujourd'hui d'être à l'aise sur les actions litigieuses et le type de blessures d'un athlète. »
Pour Rachelle Sékongo, d'Abidjan.net, la leçon tient en une phrase : « Le journaliste ne doit pas être un supporter. » Elle insiste sur la distinction entre faits, analyses et commentaires. Haï Didier, d'Onyx FM, retient qu'« une information provenant des vestiaires ne doit jamais être publiée sans vérification ». Jean Paul Axel Kouamé, de Vnews, résume l'esprit de la formation : « La rapidité ne doit jamais prendre le pas sur la fiabilité. »
Bictogo : « Aidez le public à comprendre les enjeux »
Parrain de la promotion, Salif Bictogo, président de la Ligue de football professionnel, a demandé à ses filleuls d'aller plus loin que le score. « Accordez une grande importance à la qualité de vos analyses, de vos enquêtes et de vos reportages. Vous devez aider le public à mieux comprendre les enjeux du sport et contribuer à faire émerger des débats utiles à son développement », a-t-il lancé, en rappelant que la probité reste le socle d'une carrière.
Le président de l'ANP, Bakary Sanogo, a lui mis en garde contre l'idée qu'un diplôme marque la fin du chemin. « Je voudrais vous inviter à ne pas considérer ce parchemin comme une fin. La formation s'achève, mais l'apprentissage continue. » Il a surtout insisté sur une évolution de fond : pour l'ANP, la régulation ne se limite plus au contrôle et aux sanctions. « La mission de l'ANP est de promouvoir une presse professionnelle et responsable, capable de s'adapter aux mutations technologiques et de répondre aux exigences du droit, de l'éthique et de la déontologie. »

Au nom de la promotion, son délégué Alphonse Camara, de L'Inter, a salué « un cadre pour approfondir nos connaissances, confronter nos expériences et mieux mesurer les exigences de notre profession ».
Le régulateur qui forme, une bonne nouvelle pour la presse
Lancée en 2023, la Master Class a déjà formé cinq promotions sur des thèmes comme le journalisme politique, la couverture des élections ou la gestion de crise. Le choix du sport n'a rien d'anodin. C'est l'un des domaines où la course au clic pousse le plus à publier sans vérifier, et où la frontière entre journaliste et supporter est la plus fragile.
Qu'un régulateur passe du bâton à l'accompagnement est une évolution à saluer. Elle ne dispense pas les rédactions de leurs responsabilités : ces trente journalistes devront maintenant trouver, dans leurs médias, le temps et les moyens d'appliquer ce qu'ils ont appris. C'est là que se jouera la vraie réussite du programme.
Source : Autorité nationale de la presse (ANP)









