Depuis le 1er août, un Malien, un Guinéen, un Nigérien ou un Mauritanien souhaitant obtenir un visa américain ne peut plus, dans bien des cas, déposer son dossier dans sa capitale. Le département d'État américain a réorganisé son dispositif consulaire africain autour de vingt «centres régionaux», et Abidjan en fait partie.
La liste officielle, publiée par Washington, désigne vingt ambassades et consulats chargés désormais des services courants de visas pour l'ensemble du continent : Abidjan, Accra, Addis-Abeba, Le Cap et Johannesburg, Dakar, Dar es-Salaam, Djibouti, Kampala, Kigali, Kinshasa, Lagos, Lomé, Luanda, Malabo, Monrovia, Nairobi, Port-Louis, Praia et Yaoundé.
Une vingtaine de capitales perdent leur guichet
À l'inverse, une longue liste de représentations diplomatiques ne traitera plus les demandes de visas courantes, ni pour le tourisme, ni pour les affaires, ni, pour certaines catégories, pour l'immigration. Parmi elles figurent plusieurs voisins directs de la Côte d'Ivoire : Bamako, Conakry, Cotonou, Niamey, Nouakchott et Ouagadougou. S'y ajoutent Antananarivo, Abuja, Asmara, Banjul, Brazzaville, Bujumbura, Durban, Freetown, Gaborone, Harare, Juba, Libreville, Lilongwe, Lusaka, Maputo, Maseru, Mbabane, N'Djamena et Windhoek.
Ces ambassades continueront d'assurer les services aux citoyens américains et un accompagnement limité en visas de non-immigrant, précise le document officiel. Mais pour l'essentiel de leurs démarches, les demandeurs de ces pays devront désormais se rendre dans l'un des vingt centres régionaux, Abidjan pour une partie de l'Afrique de l'Ouest.
Harmoniser les contrôles, selon Washington
Le département d'État justifie cette réforme par la volonté de renforcer «la sécurité nationale en favorisant l'uniformisation des normes de contrôle, de vérification et de décision», tout en améliorant l'efficacité du réseau. Il précise qu'aucune ambassade ni aucun consulat ne fermera, et que les visas déjà délivrés et encore valides ne sont pas concernés par ce changement. Les demandeurs ayant déjà réglé des frais dans un poste dont les services de visas courants s'arrêtent devaient y honorer leur rendez-vous avant le 31 juillet pour ne pas les perdre, une échéance déjà passée à la date de cet article.
Selon Sikafinance, cette réorganisation, «une pratique de longue date» selon Washington, a déjà été appliquée dans d'autres pays africains ainsi qu'en Europe.
Une trajectoire amorcée dès juin, sous la houlette de Marco Rubio
L'histoire de cette réforme ne commence pourtant pas le 1er août. Selon Wakatsera, qui cite une enquête de l'agence Associated Press publiée dès le 2 juin, des responsables américains évoquaient déjà, sur la base d'un document interne du département d'État, une réduction du nombre de postes habilités à délivrer des visas de «50 à seulement 20». La réforme aurait été validée par le secrétaire d'État Marco Rubio, dans le cadre plus large du durcissement de la politique migratoire de l'administration Trump.
Wakatsera rapproche cette mesure d'un autre dispositif déjà en vigueur : un système de caution imposé aux ressortissants de plusieurs pays africains, dont le montant varie entre 5 000 et 15 000 dollars, remboursé au retour du voyageur, avec des exemptions accordées à l'approche de la Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Ce que cela change pour Abidjan
Pour la Côte d'Ivoire, le choix de maintenir Abidjan parmi les vingt pôles retenus n'a rien d'anodin. La ville devient, de fait, un point de passage obligé pour une partie des candidats au visa américain venus de pays voisins désormais privés de guichet direct. Ni le département d'État ni nos autres sources ne détaillent, à ce stade, les moyens supplémentaires, humains ou matériels, que cette nouvelle charge pourrait nécessiter à l'ambassade américaine d'Abidjan, ni les délais d'attente à prévoir pour les demandeurs, ivoiriens comme étrangers, dans les mois à venir.







