Le contraste est brutal. Il y a un an encore, le kilo de cacao payé au planteur ivoirien atteignait 2 800 FCFA, un record. Pour la campagne principale 2026-2027, ouverte le 1er septembre à Abidjan lors des Journées nationales du cacao et du chocolat, ce prix tombe à 1 200 FCFA. Une baisse de 57 %, assumée par le gouvernement au nom de l'équilibre financier de la filière, mais qui relance un débat récurrent sur la répartition de la valeur entre producteurs, État et marché mondial.
Le café n'échappe pas au mouvement : son prix bord champ est fixé à 1 300 FCFA le kilo pour la même campagne.
Un arbitrage assumé
C'est le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, qui a annoncé le nouveau tarif, au terme de plusieurs semaines de discussions entre les ministères de l'Agriculture, des Finances, du Plan, du Commerce et de l'Industrie. « Notre responsabilité collective, c'est également de fixer un prix qui soit financièrement et budgétairement soutenable », a-t-il déclaré, selon Afrik Soir. Le Conseil du Café-Cacao (CCC), organisme public qui régule la filière, a précisé que ce tarif s'applique au cacao « bien fermenté, bien séché et bien trié ».
Le ministre revendique malgré tout un motif de satisfaction : à 1 200 FCFA, ce prix reste le troisième plus élevé jamais accordé lors d'une grande campagne en Côte d'Ivoire, derrière les 2 800 FCFA de 2025-2026 et les 1 800 FCFA de 2024-2025. Une manière de dire que la baisse, aussi rude soit-elle pour les revenus agricoles, ne ramène pas le pays à son point de départ.
Dernière du classement mondial
Le problème, c'est que les autres grands pays producteurs n'ont pas connu la même correction. Selon les niveaux de prix communiqués pour septembre 2026 et rapportés par Afrik Soir, le Brésil paie environ 3 380 FCFA le kilo, l'Équateur entre 3 100 et 3 300 FCFA, le Nigeria autour de 3 140 FCFA, le Cameroun entre 2 750 et 2 900 FCFA, et le Ghana environ 2 100 FCFA. Avec 1 200 FCFA, la Côte d'Ivoire ferme donc la marche - un écart de 2 180 FCFA avec le Brésil, et de 900 FCFA avec son voisin ghanéen, pourtant lui aussi confronté à la baisse des cours.
Cette baisse s'explique par un retournement spectaculaire du marché mondial. Selon Africa24 TV, la tonne de cacao, qui frôlait les 13 000 dollars en décembre 2024, est tombée sous les 3 000 dollars en tout début d'année 2026, avant de se redresser progressivement : 6 309 dollars le 9 juillet, puis plus de 6 500 dollars fin août. Un yo-yo qui explique pourquoi le CCC avait déjà abaissé le prix intermédiaire à 1 200 FCFA dès le mois de mars, avant de le reconduire pour la campagne principale.
Le pari de la jeunesse
Face à cette instabilité, les autorités misent sur le renouvellement générationnel. Le directeur général du CCC, Yves Ibrahima Koné, a rappelé que l'âge moyen des producteurs ivoiriens est de 40 ans, et appelé les jeunes à s'investir dans la production, la transformation primaire et la chocolaterie, en s'appuyant sur les moyens du Conseil. La Côte d'Ivoire reste, malgré la chute du prix payé aux planteurs, le premier producteur mondial de cacao, avec une production estimée à environ 2,2 millions de tonnes.
Sur le terrain, la décision n'a pas fait l'unanimité : dans une tribune publiée le 4 septembre, l'opposant Ahoua Don-Mello a dénoncé, selon Yeclo, un « modèle à bout de souffle ». De quoi rappeler qu'au-delà des tableaux de comparaison internationale, c'est bien le revenu de centaines de milliers de familles paysannes qui se joue, chaque année, dans l'arbitrage entre soutenabilité budgétaire et rémunération du travail agricole.







