Il aura suffi de quelques minutes pour que Washington bascule d'un feuilleton judiciaire à une crise institutionnelle. Mardi 15 septembre, le juge fédéral Christopher Cooper a rendu une décision de vingt-deux pages interdisant, pour la deuxième fois, que le nom de Donald Trump soit associé au bâtiment du Kennedy Center ou à ses abords, qu'il s'agisse de rebaptiser l'ensemble « President Donald J. Trump Plaza » ou d'y installer un mémorial. Sa formule ne laisse guère de doute sur le fond de son raisonnement : « l'administration ne peut pas installer de mémorial pour le président Trump sans l'aval du Congrès. » Le magistrat s'appuie sur la loi fédérale qui a fait de ce centre un mémorial vivant dédié à John F. Kennedy, une mission que le Congrès n'a jamais révisée.
La réponse n'a pas traîné. Quelques minutes après la publication de la décision, le conseil d'administration du Kennedy Center, largement renouvelé par des nominations proches de la Maison-Blanche ces derniers mois, a voté la fermeture immédiate du bâtiment pour travaux de rénovation. Officiellement, la décision répond à une urgence bien réelle : les dirigeants de l'institution évoquent des infrastructures physiques jugées dangereuses et une trésorerie à quelques semaines de la cessation de paiement. La billetterie s'est effondrée ces derniers mois, plusieurs artistes de renom ayant annulé leurs représentations pour protester contre ce qu'ils qualifient de politisation d'un lieu historiquement non partisan.
Donald Trump n'a pas tardé à réagir, en liant explicitement l'avenir du chantier à l'issue de la bataille judiciaire sur le nom du bâtiment. Il a affirmé que « la reconstruction et la rénovation du Kennedy Center n'auront pas lieu » si la décision de justice devait être confirmée en appel, plaçant de facto l'institution devant un choix impossible entre travaux bloqués et procès qui s'éternise.
Dans l'immédiat, la fermeture ne signifie pas l'arrêt complet de toute activité. Plusieurs programmes emblématiques continueront de fonctionner pendant les travaux : l'extension REACH, les Kennedy Center Honors, le Mark Twain Prize for American Humor ainsi que l'Orchestre symphonique national, qui garde ainsi une forme de vitrine artistique malgré la fermeture du bâtiment principal.
L'épisode illustre, une fois de plus, la tension permanente entre la Maison-Blanche et les institutions culturelles fédérales depuis le début de l'année. Après avoir pris le contrôle du conseil d'administration du Kennedy Center début 2025 et évincé sa direction historique, l'administration Trump se heurte désormais à un mur judiciaire sur le terrain symbolique du nom, tout en devant gérer une institution en quasi-faillite. Reste à savoir si un appel sera déposé, et surtout si les travaux de rénovation, désormais suspendus à cette bataille de principe, pourront un jour reprendre.
Le vote de mardi ravive une contestation qui ne date pas d'hier. Dès février 2026, un groupe d'élus démocrates emmené par les représentants Jamie Raskin et Suzanne Bonamici avait interpellé la Maison-Blanche pour qu'elle renonce à tout projet de fermeture, rappelant que l'institution accueille chaque année plus de 2 200 représentations et expositions ainsi qu'environ 400 événements communautaires gratuits. Sept mois plus tard, c'est bien ce scénario redouté qui se concrétise, sur fond de bras de fer judiciaire dont l'issue reste, à ce stade, incertaine.







