« « Nous commençons désormais à observer des signes encourageants qui montrent que nous gagnons du terrain. » »
— Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS
La phrase a été prononcée mercredi 16 septembre, lors d'une conférence de presse au siège de l'organisation à Genève. Pour la première fois depuis le début de l'épidémie, le patron de l'OMS s'est montré ouvertement optimiste sur la trajectoire d'Ebola en République démocratique du Congo.
Le tableau qu'il dresse a de quoi rassurer, en apparence. La transmission recule dans les zones les plus touchées de la province d'Ituri, foyer de l'épidémie déclarée mi-mai. Le Sud-Kivu, lui, n'a signalé aucun nouveau cas depuis mai. Les essais cliniques sur les traitements et la prophylaxie post-exposition s'accélèrent, et les essais sur de nouveaux vaccins devraient débuter « dans les semaines à venir ».
Une prudence qui n'a pas disparu
Tedros n'a pourtant pas versé dans le triomphalisme. « Mais ne vous y trompez pas, l'épidémie continue de progresser et de tuer », a-t-il averti, reconnaissant que « les indicateurs clés ne s'améliorent pas encore comme ils le devraient ». À ses côtés, Maria Van Kerkhove, responsable de la prévention des épidémies à l'OMS, a enfoncé le clou : « Nous avons encore de très nombreux mois devant nous. »
Au 12 septembre, le bilan s'élevait à plus de 7 200 cas et plus de 3 500 décès, répartis dans sept provinces. Il s'agit de la 17e épidémie d'Ebola déclarée en RDC, une maladie qui a déjà tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des cinquante dernières années.
Un décalage de ton, la veille, à Genève
Le constat de Tedros tranche avec celui livré la veille, mardi, par d'autres responsables onusiens réunis eux aussi à Genève. Interrogé sur des informations selon lesquelles l'épidémie aurait atteint un tournant, Olivier le Polain, chef de l'unité épidémiologie de l'OMS, avait alors répondu : « Il est trop tôt pour affirmer avec certitude que nous avons dépassé le pic. » Le coordonnateur spécial de l'ONU pour Ebola, Julien Harneis, avait de son côté décrit une épidémie qui progresse « de manière exponentielle » au Nord-Kivu.
Les chiffres qu'il a cités donnent la mesure du problème dans cette province : le nombre de cas hebdomadaires y a presque doublé en deux semaines, passant d'une centaine à plus de deux cents. Le Nord-Kivu concentrait, à lui seul, près de 45 % des cas signalés dans le pays la semaine précédente, avec les villes de Butembo, Katwa et Beni comme foyers de préoccupation. Un nouveau cas confirmé au Sud-Ubangi, en outre, laisse craindre une extension géographique de l'épidémie, dans une région où la population circule beaucoup.
« Nous savons par expérience qu'une épidémie peut présenter des signes précoces d'amélioration, puis repartir assez rapidement », avait prévenu un responsable de l'OMS lors de ce point de presse. Julien Harneis a, lui, insisté sur le nerf de la guerre : l'argent. « Avec Ebola, on ne peut pas relâcher la pression. Si l'on relâche la pression, l'épidémie nous frappera de plein fouet », a-t-il exhorté, réclamant davantage de fonds pour la riposte et l'aide humanitaire.
Deux discours, tenus à un jour d'écart par la même organisation, qui ne se contredisent pas tant qu'ils ne racontent pas la même échelle : l'un parle de tendance nationale qui s'infléchit, l'autre d'une réalité locale, au Nord-Kivu, qui empire à vue d'œil. Les deux sont vrais en même temps - et c'est précisément ce qui rend la sortie de crise incertaine.







