Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a reçu ce mercredi 16 septembre à Pékin son homologue iranien Abbas Araghchi, dans une rencontre dont le message était limpide : la Chine veut se poser en médiateur incontournable de la crise qui oppose Téhéran à Washington depuis des mois. Selon les compte-rendus diffusés par la diplomatie chinoise, Wang a exhorté les deux capitales à « prendre des mesures efficaces pour rouvrir au plus vite le détroit d'Ormuz », bloqué par l'Iran et qui continue de perturber l'approvisionnement énergétique mondial. Il a également appelé à relancer les discussions autour du mémorandum d'Islamabad, un cadre de négociation évoqué ces derniers mois entre Iraniens et Américains, en invitant les deux parties à « reconstruire le mécanisme de négociation sur la base du consensus déjà atteint ».
Le ministre chinois n'a pas caché son inquiétude face à un enlisement du conflit, qu'il juge susceptible de déstabiliser jusqu'au Yémen et à la mer Rouge. Une phrase, en particulier, résume la position de Pékin : « l'architecture de sécurité actuelle au Moyen-Orient est insuffisante et doit être réformée et renforcée. » Une manière pour la Chine, grande importatrice de pétrole du Golfe, de rappeler qu'elle a un intérêt direct et concret à la stabilité de la région, bien au-delà du seul exercice diplomatique.
Cette offensive de médiation n'est pas séparable du calendrier plus large de la relation sino-américaine. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé que le dossier iranien serait bien à l'ordre du jour de la rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump, prévue le 24 septembre à Washington, une visite d'État présentée comme la plus importante entre les deux pays depuis près d'une décennie. Pékin s'y prépare avec soin : selon des informations de Bloomberg publiées ce 16 septembre, Xi Jinping envisagerait d'emmener une délégation d'entreprises particulièrement fournie, et étudierait sérieusement la participation du constructeur automobile BYD, désormais premier vendeur mondial de véhicules électriques, aux côtés d'autres poids lourds économiques chinois.
La dernière fois qu'un président chinois s'était déplacé à Washington avec un tel aréopage d'industriels, c'était en 2015, lors d'un voyage de Xi Jinping accompagné notamment des fondateurs d'Alibaba et de Tencent, qui avait débouché sur un contrat d'achat d'avions Boeing de 38 milliards de dollars. Onze ans plus tard, l'enjeu commercial reste tout aussi concret : selon des sources proches des discussions, Pékin et Washington travaillent à une liste d'une dizaine de catégories de produits « non sensibles » qui pourraient bénéficier d'un allégement tarifaire, ainsi qu'à de nouvelles licences d'exportation de terres rares vers les entreprises américaines, dans le prolongement de l'accord commercial conclu à Busan en octobre dernier.
Entre gestes de bonne volonté sur l'Iran et opérations de séduction économique, la Chine avance ses pions avant même l'ouverture officielle du sommet. Reste à voir si cette double stratégie suffira à convertir l'accueil réservé de Washington en avancées concrètes, sur les dossiers commerciaux comme sur le théâtre moyen-oriental.
Ce volet commercial n'a rien d'improvisé. Dès la fin juillet, Scott Bessent et le représentant américain au Commerce Jamieson Greer s'étaient entretenus par téléphone avec le vice-Premier ministre chinois He Lifeng pour poser les bases de la rencontre du 24 septembre. Le secrétaire au Trésor avait alors publiquement rappelé que Washington « attend de Pékin qu'il respecte pleinement ses engagements sur les terres rares et les achats agricoles américains », signe que les deux capitales négocient sous haute tension malgré l'affichage cordial des derniers jours.







