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Cacao & MarchésCampagne 2026-2027

Cacao : le prix bord champ s'effondre à 1 200 FCFA, entre « prix de vérité » et malaise des producteurs

Fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne 2026-2027, contre 2 800 FCFA un an plus tôt, le prix garanti du cacao ivoirien accuse sa plus forte chute depuis des années. Le gouvernement défend un « prix de vérité » adossé aux cours mondiaux, pendant que la filière s'organise pour éviter que la baisse ne relance la contrebande transfrontalière.

APAnge Pascal11 septembre 20263 min de lectureLu 1 foisCacao & Marchés
Un producteur ouvre une cabosse de cacao, illustration de la filière cacaoyère ivoirienne
📷 Illustration : Cacao : le prix bord champ s'effondre à 1 200 FCFA
Le chiffre a de quoi marquer les esprits dans les villages cacaoyers du Sud-Ouest et du Centre-Ouest ivoiriens. Pour la campagne principale 2026-2027, ouverte le 1er septembre à l'occasion de la 10e édition des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC) au Parc des expositions d'Abidjan, le prix garanti du kilogramme de fèves a été fixé à 1 200 FCFA — contre 2 800 FCFA seulement un an auparavant. Une baisse brutale, de près de 57 %, qui replace la question du revenu des planteurs au centre du débat public.

Un « prix de vérité » assumé par le gouvernement

C'est le ministre de l'Agriculture, Bruno Nabagné Koné, qui a procédé à l'annonce officielle, au nom du vice-président Tiémoko Meyliet Koné. Sa justification tient en une formule reprise par plusieurs titres de la presse économique ivoirienne : ce nouveau montant correspondrait à un « prix de vérité », c'est-à-dire un niveau que l'État peut garantir aux producteurs sans recourir à des subventions massives, compte tenu du repli des cours mondiaux du cacao depuis le pic exceptionnel connu lors de la précédente campagne.
Le raisonnement des autorités est connu : un prix garanti déconnecté des cours internationaux expose les finances publiques à un risque de subvention coûteuse dès que le marché mondial se retourne — ce qui s'est précisément produit après le record de 2 800 FCFA fixé un an plus tôt, un niveau que plusieurs analystes avaient jugé, dès son annonce, difficilement soutenable dans la durée.

Les producteurs entre soulagement mesuré et inquiétude

Sur le terrain, la réaction officielle des représentants des planteurs se veut mesurée. Gohou Ignace, porte-parole des producteurs présent à la cérémonie d'ouverture des JNCC, a rendu hommage à l'engagement du chef de l'État en faveur de l'amélioration des conditions de vie dans la filière. Mais derrière cette communication institutionnelle, la baisse de près de 1 600 FCFA par kilo, pour des ménages dont le cacao reste souvent l'unique source de revenus monétaires, ne manquera pas de peser sur le pouvoir d'achat de centaines de milliers de familles à l'approche de la rentrée scolaire.
La crainte la plus immédiate, formulée de longue date par les organisations de producteurs, porte sur la tentation de la contrebande vers les pays voisins lorsque l'écart de prix avec les marchés frontaliers se creuse. C'est précisément pour limiter ce risque que l'État a généralisé, depuis le 1er septembre, l'usage obligatoire de la carte de producteur : sur 1,2 million de planteurs recensés, 900 000 cartes avaient déjà été retirées fin mai. Couplé à un système national de traçabilité du cacao et à une sécurisation des paiements par voie bancaire, ce dispositif doit permettre d'identifier chaque tonne vendue jusqu'à son producteur d'origine, et donc de mieux contrôler les flux informels.

Une filière sous tension structurelle

Au-delà du seul débat sur le niveau du prix, cette campagne illustre la difficulté chronique de la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, à concilier deux objectifs difficilement compatibles : garantir un revenu stable et attractif aux planteurs, et éviter d'exposer le budget de l'État aux à-coups d'un marché mondial particulièrement volatil ces dernières années. La campagne précédente avait mobilisé environ 280 milliards de FCFA de recettes pour les producteurs ; l'ampleur de la baisse de prix fait craindre, cette année, une contraction sensible de ces montants, avec des répercussions attendues sur l'économie de plusieurs régions rurales.
Le café, dont le prix bord champ a également été annoncé lors des JNCC, s'établit pour sa part à 1 300 FCFA le kilogramme. Les prochaines semaines diront si le dispositif de traçabilité renforcé suffit à contenir les tensions que cette chute de prix ne manquera pas de faire naître sur le terrain.
APAnge Pascal — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Cacao & Marchés
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