Les chiffres du commerce extérieur nigérian, publiés cette semaine et largement commentés ce vendredi dans la presse économique de Lagos, dessinent une tendance nette : la première économie d'Afrique de l'Ouest importe toujours plus de Chine, et toujours moins d'ailleurs.
Près de 40 % des importations en provenance de Chine
Sur le premier semestre 2026, le Nigeria a importé pour 11,01 billions de nairas de marchandises chinoises, soit 39,27 % de la valeur totale de ses importations, évaluée à 28,04 billions de nairas sur la période. Un an plus tôt, cette part s'établissait à 29,03 % : la progression, en un an, dépasse les dix points de pourcentage.
Le détail trimestriel confirme l'accélération du mouvement. Au premier trimestre, les importations chinoises représentaient 37,42 % du total (5,10 billions de nairas) ; au second trimestre, cette proportion est passée à 41,02 % (5,92 billions de nairas). Sur l'ensemble du semestre, la hausse en valeur atteint 1,39 billion de nairas, soit une progression de 14,49 % par rapport à la même période de 2025.
Autre indicateur révélateur du basculement en cours : au deuxième trimestre 2026, la Chine a fourni au Nigeria près de six fois plus de marchandises que les États-Unis, 5,92 billions de nairas contre 1,01 billion seulement pour la première puissance économique mondiale.
Un commerce extérieur nigérian globalement en repli
Ce paradoxe mérite d'être souligné : la part chinoise progresse alors même que les importations globales du Nigeria reculent nettement, passant de 33,14 billions de nairas au premier semestre 2025 à 28,04 billions un an plus tard, soit une baisse de 15,37 %. Autrement dit, dans un contexte de contraction générale des achats à l'étranger, vraisemblablement liée aux pressions sur le naira et au pouvoir d'achat des importateurs nigérians. La Chine parvient à préserver, et même à renforcer, sa part de marché face à des fournisseurs occidentaux en net repli.
La contrefaçon, revers de la médaille
Cette dépendance croissante ne va pas sans susciter des inquiétudes du côté des autorités sanitaires et de régulation. La montée en puissance des importations chinoises s'accompagne, selon plusieurs médias économiques nigérians, de préoccupations renouvelées quant à la présence de produits contrefaits et sous-normes sur le marché intérieur. Un sujet que l'agence nationale de régulation des aliments et médicaments (NAFDAC) surveille de longue date, entre saisies régulières de médicaments falsifiés et alertes sur des produits de consommation non conformes aux normes nigérianes.
Une tendance à l'échelle du continent
Ce basculement vers la Chine n'est pas propre au Nigeria : il traduit une dynamique observée dans plusieurs économies africaines, où l'offre chinoise, compétitive sur les prix, diversifiée et adossée à des chaînes logistiques bien rodées, continue de gagner du terrain face à des partenaires occidentaux parfois pénalisés par des coûts plus élevés ou des circuits plus rigides. Pour Abuja, l'enjeu des prochains mois sera moins de contester cette dépendance commerciale, difficilement réversible à court terme, que d'en maîtriser les effets secondaires : renforcer les contrôles aux frontières et dans les marchés, et protéger les filières industrielles locales les plus exposées à la concurrence des produits importés.







