Le cinéma ivoirien a fait salle comble à Paris. La première projection d'« Ébinto » au Grand Rex a réuni 2 509 spectateurs et affiché complet, de même que quatre autres séances annoncées dans la capitale française. Des séances organisées à Abidjan et à Bouaké autour du film ont également fait le plein.
Un roman étudié dans les écoles africaines
« Ébinto » adapte « Les Frasques d'Ébinto », roman de l'écrivain ivoirien Amadou Koné publié en 1975, étudié dans plusieurs établissements scolaires africains. Le film est réalisé par Luc Gnépa, sur un scénario d'Armand Gauz, et produit par Charly Kodjo, fondateur d'Instant2Vie Studio, avec la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI). Il s'agit de la première coproduction cinématographique de NCI Création, dont le directeur général, Ange Fabien Guéi, assistait à la séance parisienne. « Nos histoires méritent de voyager aussi loin que nos talents », a-t-il déclaré.
Le tournage s'est déroulé en Côte d'Ivoire avec des comédiens ivoiriens, dans le Sud-Comoé, à Grand-Bassam et au village d'Akounougbé, commune d'Adiaké. L'action se situe dans les années 1960 et 1970. Le film dure 1 h 55 et a été financé à 90 % par des fonds locaux, selon les producteurs.
L'histoire d'un orphelin devenu étudiant
Ébinto, orphelin de père, arrive en ville pour ses études. Il aime Murielle, issue d'une famille aisée, mais entretient une relation avec Monique, la fille de son tuteur. Après le BEPC, il retourne au village ; Murielle part étudier en Europe sans qu'il le sache, et Monique lui annonce une grossesse. Le récit, tel que résumé, mène ensuite à une série de drames : l'interruption de la grossesse, le mariage avec Monique, sa mort dans un accident, puis les retrouvailles avec Murielle. Des années plus tard, le fils d'Ébinto fréquente une jeune femme qui ressemble à Monique, et le souvenir continue de hanter le héros. Ephraïm Oka tient le rôle-titre, avec Armande Lô (Monique) et Maud Guerard (Murielle).
D'Abidjan à Paris
L'avant-première abidjanaise avait eu lieu le jeudi 15 octobre dans les salles 5 et 6 du cinéma Pathé de Cap-Sud, à Marcory. Le public avait applaudi chaleureusement, rapporte Fraternité Matin. La ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, avait exprimé sa fierté, souligné l'importance de préserver la mémoire et le patrimoine culturel, et souhaité un succès international, voire une suite. Le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, avait indiqué que des discussions étaient en cours avec des chaînes de télévision pour diffuser des productions locales, et annoncé le Salon international du contenu audiovisuel (SICA), du 26 au 28 novembre 2026 à Abidjan.
Ce que ce succès dit, et ce qu'il ne dit pas
Remplir cinq séances dans une salle parisienne aussi emblématique est un signal pour une industrie qui peine souvent à exister hors du continent.
Reste un fait établi : un film financé localement, adapté d'un classique de la littérature ivoirienne, a trouvé son public à Abidjan, à Bouaké et à Paris. Le SICA, fin novembre, dira si cet élan peut se traduire en circuits de diffusion durables.









