Dix-sept milliards de rands, soit plus d'un milliard de dollars. C'est la somme que le gouvernement sud-africain affirme avoir consacrée, sur les deux derniers exercices budgétaires, à l'expulsion de migrants en situation irrégulière. Le chiffre a été révélé par le ministre de l'Intérieur, Leon Schreiber, dans une réponse écrite à la question d'une députée, rapportée le 7 septembre par Le360 Afrique. Les personnes concernées sont, dans leur grande majorité, originaires du Zimbabwe, d'Éthiopie et de République démocratique du Congo, auxquelles s'ajoutent des ressortissants d'Amérique du Sud, d'Europe et d'Asie.
Le lendemain, une autre annonce officielle est venue compléter le tableau. Selon le comité interministériel chargé de la gestion des migrations, cité par Bénin Web TV, 86 596 ressortissants étrangers ont été traités dans le cadre de procédures d'expulsion ou de rapatriement entre le 14 juin et le 20 août. Les Malawiens y forment le groupe le plus important, devant les Zimbabwéens et les Mozambicains. Le gouvernement affirme que 90 % de ces personnes étaient entrées illégalement sur le territoire, et que 95 % avaient franchi la frontière en dehors des points d'entrée officiels.
Un centre fermé faute d'arrivées
Le dispositif s'est notamment appuyé sur le centre de rapatriement temporaire de Musina, dans le nord du pays, ouvert fin juin pour désengorger des sites saturés comme celui de Durban. Plus de 49 000 étrangers y ont été pris en charge, le gouvernement assurant que plus de 95 % d'entre eux se trouvaient en situation irrégulière. Fin août, les autorités ont annoncé sa fermeture, la baisse drastique des arrivées ayant rendu son maintien inutile. Près de 11 000 personnes ont été mobilisées sur le terrain pour cette opération de rapatriement, dont le coût est chiffré à 341,2 millions de rands, plus de 21 millions de dollars.
Au total, selon la réponse ministérielle relayée par Le360, 99 933 personnes ont quitté l'Afrique du Sud sur la période considérée : 89 936 rapatriements volontaires et 9 997 expulsions. Les Malawiens représentent le plus gros contingent des départs volontaires, avec 54 541 personnes, suivis des Zimbabwéens (27 920), des Mozambicains (2 417) et des Nigérians (1 145).
Contrôles renforcés, bâtiments visés
Le comité interministériel évoque, de son côté, plus de 4 200 étrangers sans titre de séjour interceptés entre avril et juillet, principalement sur le corridor nord, à la frontière avec le Zimbabwe, ainsi que près du Lesotho et du Mozambique. Plus de 350 000 inspections ont été menées dans des usines, supermarchés et commerces de proximité, débouchant sur 354 arrestations et 123 affaires portées devant la justice, pour des faits liés à l'immigration, à la fraude documentaire ou à l'exploitation de travailleurs.
Pretoria ne compte pas s'arrêter là. Un plan d'amélioration des infrastructures frontalières est prévu pour la période 2026-2030, dans les sept provinces frontalières : clôtures, voies d'accès, capacités de surveillance. La Border Management Authority utilise déjà cinq drones et prévoit d'en acquérir neuf de plus. Le gouvernement s'attaque également à ce qu'il appelle les bâtiments « détournés » ou occupés illégalement dans les grandes villes - environ 2 400 ont été recensés dans les huit métropoles du pays, même si les évacuations restent freinées par l'absence de solutions d'hébergement temporaire pour leurs occupants.
Cette séquence intervient après plusieurs semaines de tensions autour de la présence de travailleurs étrangers en Afrique du Sud, un sujet qui avait déjà occupé une place importante lors du sommet de la Communauté de développement de l'Afrique australe, en août à Durban. Le comité interministériel affirme vouloir combiner fermeté et respect des droits fondamentaux, et dit condamner les violences visant des étrangers - sans que cette condamnation, pour l'instant, ne semble avoir ralenti le rythme des opérations sur le terrain.







