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Au Kenya, la diaspora burundaise se rue vers la sortie avant l'expulsion promise par Ruto

Jeudi 3 septembre, le président kényan William Ruto a donné un ultimatum aux commerçants étrangers sans permis de travail. Trois jours plus tard, des milliers de Burundais font la queue devant leur ambassade à Nairobi pour obtenir des papiers de retour.

JGJunior Gnapié7 septembre 20263 min de lectureLu 25 foisDiaspora
Vendeur de rue dans un marché animé de Nairobi, au Kenya
Les files d'attente s'étendent sur des centaines de mètres devant l'ambassade du Burundi, à Nairobi. Ce lundi 7 septembre, des milliers de ressortissants burundais s'y pressent, quelques photocopies à la main, pour réclamer les documents qui leur permettront de rentrer chez eux au plus vite.
Tout est parti d'une annonce du président kényan William Ruto, jeudi 3 septembre : les commerçants étrangers dépourvus de permis de travail devront cesser leur activité. Le ministère kényan du Commerce justifie la mesure en évoquant un usage abusif des visas par des personnes entrées comme investisseurs ou touristes, mais impliquées en réalité dans le petit commerce.

« Mon cœur a tremblé »

Stanislas tient une petite échoppe au Kenya depuis six ans. Assis sur le trottoir, il patiente : « Nous avons besoin de documents pour traverser la frontière. De l'autre côté, les familles vont nous accueillir quand même », confie-t-il à RFI. « Je ne m'attendais pas du tout à ça. Le jour où j'ai entendu la décision du président, mon cœur a tremblé. »
D'autres témoignages recueillis par RFI racontent la même précipitation. Evariste vient de dépenser ses derniers shillings en photocopies : « Cela fait trois ans que je suis au Kenya. Au Burundi, il n'y a pas de travail. » Sanguiva, commerçant d'arachides installé au Kenya parce que c'est, dit-il, « la première économie de la sous-région », voit ses projets s'effondrer du jour au lendemain. Vince, lui, redoute surtout la « poussée xénophobe » : « Des personnes ont déjà été battues, avec des bâtons. »
Le ministère des Affaires étrangères burundais a annoncé l'envoi de bus au Kenya pour faciliter le retour de ses ressortissants. Son ministre, Édouard Bizimana, a averti sur X que « si les discours de haine contre le Burundi continuent, les choses vont certainement changer », tout en rappelant que « le gouvernement kényan est responsable de la vie des Burundais vivant au Kenya ».

Combien sont-ils vraiment ?

Sur ce point, les sources divergent. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, cité par la BBC, le Kenya compte environ 16 000 réfugiés et demandeurs d'asile burundais. RFI, elle, avance un chiffre bien supérieur, près de 34 000, en citant le Département des services pour les réfugiés du Kenya. Aucune des deux sources ne permet de trancher entre ces deux évaluations, ni de dire combien de ces personnes sont réellement engagées dans le petit commerce visé par la directive présidentielle.
Face à la polémique, les autorités kényanes ont tenté d'apaiser les inquiétudes. Le secrétaire permanent du ministère des Affaires étrangères, Korir Sing'oei, a assuré que les étrangers munis des documents requis, permis de travail et licences, pouvaient poursuivre leurs activités. Cela n'a guère suffi à calmer une communauté qui se sent visée. Alexis Ntinanirwa, président de l'Association des Burundais vivant au Kenya, exhorte ses compatriotes à la patience, tout en avertissant que la mesure « ne va pas seulement causer des difficultés aux Burundais travaillant au Kenya, mais aussi à l'ensemble de la région », le petit commerce transfrontalier existant, selon lui, dans les deux sens entre plusieurs pays de la Communauté d'Afrique de l'Est.
Des mouvements de la société civile kényane ont, eux, dénoncé une manœuvre populiste. « La solution à nos problèmes, c'est l'émancipation économique, ce sont des emplois décents », a réagi Friedrich Ojiro, de l'organisation Vocal Africa, jugeant que « la solution n'est sûrement pas de désigner des boucs émissaires ».
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