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Devenu béninois, l'animateur Claudy Siar incarne le pari du Bénin sur ses enfants dispersés

Ex-voix de Couleurs Tropicales sur RFI, Claudy Siar a reçu son passeport béninois le 22 mai dernier avant d'être nommé chargé de mission à la présidence de Cotonou. Son cas, très commenté, met en lumière une politique moins connue : depuis deux ans, le Bénin délivre sa nationalité à des Afro-descendants qui en font la demande, un choix diplomatique que la Côte d'Ivoire, avec 1,2 million de ressortissants à l'étranger, regarde avec un intérêt certain.

JGJunior Gnapié20 septembre 20263 min de lectureLu 3 foisDiaspora
La Porte du Non-Retour, mémorial de la traite négrière à Ouidah, au Bénin
📷 Illustration : La porte de non retour
« Je suis désormais le citoyen d'un pays, le Bénin, le mien, où la couleur de ma peau ne sera plus un facteur de discrimination. » La phrase de Claudy Siar, longtemps voix familière de Couleurs Tropicales sur RFI, a fait le tour des rédactions ivoiriennes et béninoises ces derniers jours. Elle résume à elle seule ce que Cotonou cherche à construire depuis deux ans : faire de la nationalité béninoise un pont tendu vers les descendants de la traite négrière, où qu'ils vivent.
Le parcours de Siar est allé vite. Passeport et certificat de nationalité reçus le 22 mai, puis, trois semaines plus tard, nomination par le président Romuald Wadagni comme chargé de mission à la culture, aux médias et à la visibilité du pays. « C'est un honneur de servir notre pays et le peuple béninois », a-t-il déclaré à cette occasion. L'homme n'est donc pas seulement naturalisé : il devient, très concrètement, un relais officiel de l'image béninoise à l'international.

Une politique, pas un cas isolé

Ce qui distingue ce dossier d'une simple curiosité people, c'est qu'il s'inscrit dans un dispositif structuré. Le gouvernement béninois a lancé la plateforme numérique « My Afro Origins », qui permet à tout Afro-descendant d'engager une démarche de reconnaissance de la nationalité, sans passer par le parcours classique de naturalisation. Une vingtaine de personnes en ont bénéficié dès mai, un nouveau lot a suivi lors de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA) 2026, célébrée à Ouidah en août. Le port d'où partaient historiquement les navires négriers, et qui porte encore la Porte du Non-Retour comme mémorial. D'autres dossiers, dont ceux de la chanteuse américaine Ciara et de son mari, l'ancien quarterback Russell Wilson, seraient également en cours d'instruction.
Le choix du symbole n'a rien d'accessoire. En s'appuyant sur Ouidah, le Bénin transforme un lieu de départ forcé en point de retour choisi. C'est une manière de dire à la diaspora afro-descendante des Amériques et des Caraïbes, souvent plusieurs générations après l'arrachement, qu'un droit du sang existe encore quelque part sur le continent.

Un contraste avec l'approche ivoirienne

La comparaison avec la Côte d'Ivoire est instructive, précisément parce que les deux pays ne visent pas la même diaspora. Abidjan concentre ses efforts sur ses 1,2 million de ressortissants installés à l'étranger au sens classique du terme, binationaux, travailleurs expatriés, étudiants, avec des outils économiques : obligations diaspora en préparation, programme Grand Retour de la Diaspora lancé le 12 septembre pour transformer une partie des 938 milliards de FCFA transférés chaque année en investissements productifs. Le Bénin, lui, s'adresse à une diaspora bien plus lointaine dans le temps, sans lien de nationalité préexistant, et joue une carte identitaire et mémorielle plutôt que financière.
Les deux logiques ne s'opposent pas forcément, elles répondent à des publics différents. Mais le contraste interroge : la Côte d'Ivoire dispose-t-elle, elle aussi, d'un potentiel de rayonnement mémoriel auprès des Afro-descendants des Amériques, au-delà des seuls Ivoiriens de l'étranger au sens administratif ? Pour l'instant, la question ne semble pas figurer à l'agenda gouvernemental. Le cas Claudy Siar, aussi symbolique soit-il, montre en tout cas qu'un passeport peut parfois peser autant qu'un accord commercial dans la manière dont un pays africain choisit de se raconter au monde.
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