Le samedi 29 août 2026, la salle Factory 58 de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a accueilli le président du Conseil régional du Haut-Sassandra, le ministre Mamadou Touré, par ailleurs ministre de la Promotion de la jeunesse, de l'Insertion professionnelle et du Service civique, venu présenter en personne le bilan de mi-mandat de sa collectivité à la diaspora ivoirienne de France. À ses côtés avaient fait le déplacement les maires de Daloa (Stéphane Gbeuly), d'Issia (Fanny Karim) et de Vavoua (Bonaventure Kalou, ancien international de football), ainsi que des représentants des maires de Zoukougbeu, de Saïoua, de Gboguhé et de Bédiala, retenus au pays par la rentrée scolaire ou la maladie. Un représentant du consulat de Côte d'Ivoire était également présent.

Une région qui pèse, mais reste sous-transformée
Région la plus peuplée de Côte d'Ivoire avec 1,84 million d'habitants, le Haut-Sassandra est le premier bassin national de cacao et de café, et abrite une importante mine d'or industrielle. Sa contribution au PIB national reste toutefois limitée à environ 3 %, un écart que le ministre Touré attribue à la faible transformation locale des matières premières — présentée comme une opportunité d'investissement pour la diaspora, notamment dans l'agro-industrie, l'élevage et le bois. La région bénéficie, dans le Code des investissements, du classement en « zone B », qui ouvre droit à une exonération totale de l'impôt sur les bénéfices pendant cinq ans.
Un budget régional multiplié, un taux d'exécution revendiqué à 90 %
Depuis son arrivée à la tête de la collectivité fin 2023, M. Touré indique avoir porté le budget d'investissement annuel de 2,28 à 6 milliards de FCFA, avec 12,24 milliards de FCFA de marchés engagés sur sept secteurs prioritaires et un taux d'exécution revendiqué de 90,3 %. L'éducation concentre la plus grande part de ces investissements (27,6 %), devant l'hydraulique, l'électrification et la santé. Parmi les réalisations citées : 336 salles de classe construites, 425 kilomètres de routes reprofilées, 23 ambulances mobilisées, un nouveau district de police et sept brigades de gendarmerie, ainsi qu'un nouveau siège régional en construction à Daloa. La dette héritée de l'ancienne mandature, de plus de 400 millions de FCFA, a par ailleurs été ramenée à environ 190 millions, avec un objectif de solde total en 2027. En sa qualité de ministre, M. Touré a également mis en avant l'action de l'État dans la région : 36 644 jeunes accompagnés vers l'emploi depuis 2020, dont 52 % de femmes, ainsi que plusieurs grands chantiers publics (marché de gros de Zépréguhé, nouvelle zone industrielle, rénovation de l'aéroport de Daloa).
Le tour des maires

Fidèles à l'esprit de reddition des comptes voulu par le président du Conseil régional, les maires présents ont ensuite détaillé, chacun à leur tour, le bilan de leur commune : résorption de la double vacation scolaire et électrification de quartiers à Issia, nouvel hôtel de ville et lampadaires solaires à Vavoua, projet d'usine de transformation de latex générateur d'emplois à Zoukougbeu, priorité donnée à l'eau potable à Saïoua, écoles construites dans les campements de Bédiala, et à Gboguhé, un projet de port sec destiné à l'exportation de produits vivriers vers les pays voisins.
Ce que le Conseil régional propose à la diaspora
C'est sur ce volet que la rencontre a affiché sa principale ambition de rupture. Le ministre Touré a annoncé :
- la structuration d'une fédération unique des ressortissants du Haut-Sassandra en France, avec l'ambition d'en faire à terme une fédération européenne ;
- l'attribution de quatre sièges à la diaspora au sein du Conseil économique, social et environnemental de la région ;
- la participation garantie, tous les trois mois, d'un représentant de la diaspora aux réunions du Conseil régional ;
- le renforcement de la coopération décentralisée, à l'image du partenariat déjà engagé entre Saïoua et la commune française de Garges-lès-Gonesse ;
- la création d'un bureau d'information sur l'investissement et des négociations en cours pour des « cités de la diaspora » sur des réserves foncières communales.

Le ministre a par ailleurs appelé à un mécanisme de solidarité envers les jeunes originaires de la région en situation irrégulière en France, rappelant, chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations à l'appui, que Daloa ne représenterait qu'une faible part des départs enregistrés au niveau national, loin derrière Abidjan. La lutte contre l'orpaillage clandestin et contre la prolifération des lotissements agricoles non contrôlés a également été présentée comme un terrain où l'influence de la diaspora pourrait s'exercer directement auprès des familles restées au village. La rencontre s'est achevée par une séquence d'échanges directs entre élus et public.







