On a beaucoup parlé, ces dernières semaines, des milliards que la diaspora ivoirienne envoie au pays. On a moins parlé de ce que devient, concrètement, le voyage de ceux qui veulent y investir. À Paris, une réponse prend forme : un séjour organisé de huit jours, du 23 au 30 octobre 2026, pour environ 150 membres de la diaspora venus de plusieurs pays.
Un lancement dans les murs de l'ambassade
Le projet porte le nom de « Le Grand Retour de la Diaspora ». Il est piloté par Esther Boua, à la tête du groupe Demela. Son lancement parisien a eu lieu le 25 juillet 2026 à l'ambassade de Côte d'Ivoire en France, en présence notamment du chef du service économique et de la directrice du Bureau du tourisme et des loisirs de Côte d'Ivoire en France, Camara Fatim Maïmouna. Le site de l'événement mentionne aussi le soutien du ministre chargé des Ivoiriens de l'extérieur, Adama Dosso.
Le public visé est large : ceux qui veulent investir, créer une entreprise, trouver un emploi, transférer leurs compétences ou, plus simplement, préparer une installation au pays. Air Côte d'Ivoire est le transporteur officiel, avec un départ de Paris.
Au programme : forum, ateliers et Route de l'esclave
Le temps fort est la journée économique du 24 octobre, avec conférences, tables rondes sur les opportunités d'investissement, présentation du cadre institutionnel et six ateliers thématiques : recrutement, banque, bourse, agriculture, immobilier, entre autres. Le reste du séjour alterne rencontres avec les institutions, échanges entre entrepreneurs, découverte du marché immobilier et visites : Tiassalé et sa Route de l'esclave, la basilique de Yamoussoukro, le domaine Bini pour souffler un peu. Un dîner de gala clôt l'ensemble.
Trois formules, des écarts importants
Les organisateurs proposent trois niveaux de participation. La formule « All Inclusive » est facturée 2 997 euros et comprend le vol, l'hébergement, les repas et toutes les activités. La formule « Xperience », à 2 300 euros, exclut le billet d'avion. La formule « Network », à 300 euros, donne accès à la journée économique et au gala. Un paiement en trois ou quatre fois est possible sans frais supplémentaires.
Ces montants disent quelque chose du public attendu : des actifs installés, capables de consacrer près de 3 000 euros à un voyage de prospection. Ils rappellent aussi que le « retour » se vend, ici, comme un produit. Ce n'est pas illégitime, les événements de réseautage ont un coût, mais le lecteur a le droit de se demander ce qu'il achète exactement.
Ce qu'il faut regarder de près
Le contexte national explique l'engouement. Selon les chiffres relayés lors du lancement abidjanais du 12 septembre, les envois de la diaspora ivoirienne ont atteint 938 milliards de FCFA en 2025, dont seulement 10 à 15 % iraient à des projets productifs. L'État prépare par ailleurs des obligations réservées à ses ressortissants de l'étranger, annoncées pour le premier trimestre 2027. Un événement qui met en relation investisseurs de la diaspora, institutions et banques arrive donc à point nommé.
Mais plusieurs questions restent sans réponse dans la communication publique. Quels engagements concrets des institutions, au-delà des rencontres ? Quel suivi des projets après la semaine d'octobre ? Combien de participants transformeront un contact en investissement réel ? Sur ces points, ni le site de l'événement ni les articles disponibles ne donnent de chiffres. Un bilan chiffré, publié après le 30 octobre, permettrait de juger sur pièces.
Pour un Ivoirien de Paris, Lyon ou Bruxelles qui hésite, la prudence reste de mise : lire le détail des prestations, demander quelles entreprises et quelles administrations seront réellement présentes, et comparer avec les dispositifs gratuits proposés par l'État. Le désir de revenir est sincère, et il ne manque pas de bonnes raisons. Il mérite simplement qu'on pose les bonnes questions avant de réserver.







