La police judiciaire de Guinée-Bissau a démantelé, en octobre, un réseau présumé de traite d'êtres humains qui retenait environ 70 personnes à Bissau, la capitale. Les victimes, venues pour la plupart de pays voisins, avaient été attirées par de fausses promesses d'emploi et d'aide à la migration vers le Canada, l'Europe ou les États-Unis. Selon une enquête de la Deutsche Welle publiée le 29 octobre et reprise par AllAfrica, la Côte d'Ivoire figure parmi les principaux pays d'origine de ces victimes.
Une société écran et des bureaux imaginaires
D'après la DW, l'opération a eu lieu le 21 octobre, à la suite de plaintes de victimes signalant enlèvements et escroqueries. Le réseau s'appuyait sur une société écran et sur de fausses adresses de bureaux au Canada, aux États-Unis et au Portugal. Interpol a aidé l'enquête, selon la police. Africaninsider, qui parle de 71 personnes libérées lors d'une opération baptisée « ASTRA », ajoute que des perquisitions ont visé deux maisons du nord de la capitale après plusieurs semaines d'enquête.
Une fois à Bissau, les victimes étaient retenues contre leur gré et poussées à recruter d'autres personnes sur les réseaux sociaux, dans des montages pyramidaux frauduleux. La DW indique qu'elles avaient payé entre 400 000 et 700 000 francs CFA pour le voyage. Selon la police judiciaire, les femmes sont souvent exploitées sexuellement. Les chiffres d'arrestations diffèrent : plus de cinq suspects selon la DW, quatre selon Africaninsider, qui précise que le chef présumé du réseau court toujours.
Des victimes sans argent pour rentrer
Sadio Konimba, 26 ans, une Malienne, a raconté à la DW avoir payé entre 100 000 et 125 000 francs CFA pour gagner Bissau, sans être remboursée. Elle a emprunté environ 75 000 francs CFA, une somme insuffisante pour rentrer à Bamako. Un jeune Guinéen de 23 ans, Issa, dit avoir été menacé de mort après avoir refusé de recruter d'autres victimes.
Le problème est maintenant le retour. La direction de la migration et des frontières manque de fonds pour financer les trajets, selon la DW, et des contacts ont été pris avec les missions diplomatiques concernées, sans solution annoncée. Africaninsider rapporte que les victimes doivent être remises à leurs ambassades, et que celles dont le pays n'a pas de représentation à Bissau devront se débrouiller seules. Le président de la Ligue guinéenne des droits de l'homme, Bubacar Ture, s'est dit extrêmement préoccupé et a lancé un appel urgent au gouvernement et aux partenaires internationaux. Il déplore l'absence d'abris publics et de soutien psychologique.
Un schéma déjà vu
En mai, les autorités avaient libéré 60 étrangers lors d'une opération similaire, rapporte la DW. Le mode opératoire, une offre d'emploi lointaine, un voyage à payer, puis une dette impossible à rembourser, concerne directement les jeunes d'Afrique de l'Ouest tentés par un départ.
Sur le volet ivoirien, les textes consultés restent maigres. Ils citent la Côte d'Ivoire parmi les pays d'origine mais n'avancent aucun chiffre, et on ignore si des démarches consulaires ivoiriennes ont été engagées. Cet article sera complété si les autorités ivoiriennes s'expriment.









