L'histoire a fait le tour de Yamoussoukro en quelques heures, et elle a la cruauté des drames qu'on aurait pu éviter. À Morofé, un enfant de deux ans est mort dans l'incendie de la pièce où il dormait. D'après les témoignages relayés dans le quartier et sur les réseaux sociaux, sa mère l'avait couché avec une bougie allumée, avant de quitter le domicile pour passer la nuit avec un homme. La bougie aurait mis le feu à la pièce pendant son absence. Quand l'alerte a été donnée, il était trop tard.
À l'heure où nous écrivons, aucune source officielle n'a communiqué sur ce drame et nous n'avons pas pu en confirmer tous les détails. Les circonstances exactes devront être établies par l'enquête. Mais les éléments rapportés sont suffisamment graves pour qu'on s'y arrête.
Une mère jetée en pâture
Sur les réseaux sociaux, le verdict est déjà tombé. La mère est traitée de tous les noms, et les commentaires s'attardent bien plus sur l'homme qu'elle serait partie rejoindre que sur l'enfant qui a perdu la vie. On comprend la colère : laisser un enfant de deux ans seul, la nuit, avec une flamme à côté de lui, est une faute grave. La loi ivoirienne prévoit d'ailleurs des poursuites pour délaissement d'enfant ou homicide involontaire lorsque la négligence d'un parent cause la mort.
Mais le lynchage numérique ne ramènera pas l'enfant et ne protégera aucun autre. Cette femme devra répondre de ses actes devant la justice si l'enquête établit sa responsabilité. Ce n'est pas aux réseaux sociaux de la juger, ni d'exposer son visage ou son nom.
La bougie, ce danger banal
Au-delà du cas individuel, ce drame dit quelque chose de plus large. Dans de nombreux quartiers de nos villes, la bougie reste l'éclairage de secours, voire l'éclairage tout court. Coupures d'électricité, compteurs suspendus faute de recharge, logements sans installation : on allume une bougie pour rassurer un enfant qui a peur du noir, on la pose sur une table, sur le sol, près d'un matelas, et on s'endort ou on sort.
Les sapeurs-pompiers le répètent à chaque saison : une bougie ne doit jamais rester allumée sans surveillance, ni près d'un lit, d'un rideau ou d'un tissu, ni à portée d'un enfant. Une lampe torche ou une petite lampe rechargeable coûtent quelques milliers de francs. Elles ne prennent pas feu. Dans un pays où les incendies domestiques endeuillent régulièrement des familles, notamment à Yamoussoukro, qui avait perdu cinq membres d'une même famille dans un incendie en 2024, la prévention reste le parent pauvre des politiques publiques.
Qui garde les enfants quand les parents sortent ?
Il y a enfin une question que ce drame pose à toute la société. Beaucoup de jeunes mères élèvent seules leurs enfants, sans entourage pour les garder, sans moyens pour payer une nounou. Cela n'excuse rien, mais cela explique que des enfants en bas âge se retrouvent parfois seuls, quelques heures ou toute une nuit. La solidarité de voisinage, la cour commune où chacun veillait sur les enfants des autres, s'efface dans les villes.
Un enfant de deux ans est mort à Morofé. Le minimum, c'est que sa mort serve à quelque chose : que chaque parent qui lit ces lignes éteigne la bougie avant de quitter la pièce, et que personne ne laisse un tout-petit seul la nuit.
En cas d'incendie, appelez les sapeurs-pompiers au 180.









