La diaspora ivoirienne a transféré 938,8 milliards de francs CFA vers son pays d'origine en 2025, selon les chiffres présentés par le ministère chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur. Une somme qui a presque décuplé en quinze ans : 99,5 milliards en 2008, 190 milliards en 2019, 640 milliards en 2023, puis environ 840 milliards en 2024.
Cette diaspora, forte de plus de 1,2 million de personnes réparties dans plus de 140 pays selon le ministre délégué Adama Dosso, pèserait désormais plus que l'aide publique au développement dans les comptes du pays. C'est en tout cas ce qu'affirme le gouvernement. Le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, l'a rappelé devant la communauté ivoirienne de France : « La diaspora ivoirienne représente un capital humain et financier considérable, doublé d'une capacité entrepreneuriale que la Côte d'Ivoire tient à valoriser. »
Un plan à 114 838 milliards de francs CFA
Le gouvernement a inscrit cette ambition dans le Plan national de développement (PND) 2026-2030, dont le programme d'investissement global se chiffre à 114 838,5 milliards de francs CFA. Le secteur privé en porte 70,2 %, soit 80 614,7 milliards, le reste revenant à l'État. La stratégie envers la diaspora tient en trois axes selon Abidjan.net : des instruments financiers pour mobiliser son épargne (emprunts obligataires, fonds d'investissement dédié), un environnement « plus sécurisé et plus incitatif » pour l'investissement via un guichet unique, et la valorisation des compétences ivoiriennes établies à l'étranger dans l'industrie, le numérique, la fintech et la recherche.
Cette politique n'est pas née de rien. Le 7 mai, le gouvernement avait lancé à Abidjan le forum « Diaspora for Growth 2026 », dont le volet parisien était prévu les 26 et 27 juin, avec l'ambition de réunir plus de 1 000 participants : entrepreneurs, investisseurs, étudiants, cadres, associations. Une tournée qui s'est poursuivie de Washington à Bruxelles, en passant par Kigali, Bakou et Paris, avant le Groupe consultatif des 8 et 9 juillet à Abidjan, où les partenaires du pays ont été conviés à financer le PND.
Transformer l'épargne en usine plutôt qu'en consommation
Reste une question que ces annonces ne tranchent pas : combien, sur les 938,8 milliards transférés chaque année, financent réellement des projets productifs plutôt que les dépenses courantes des familles restées au pays ? Ni Adama Dosso ni Souleymane Diarrassouba n'ont donné de ventilation précise entre les deux usages. C'est précisément ce que le gouvernement dit vouloir changer avec ses emprunts obligataires et son fonds d'investissement dédié, des outils qui restent, à ce stade, plus annoncés que déployés.
Pour la diaspora elle-même, portée par des figures comme Coumba Dioukhane, cheffe d'entreprise sénégalaise venue plaider pour la valorisation du potentiel entrepreneurial ivoirien à l'étranger, l'enjeu est aussi celui de la reconnaissance : être traitée comme un partenaire du développement national, pas comme un simple guichet de transferts familiaux.







