Environ cent cadres supérieurs, entrepreneurs et acteurs économiques ivoiriens se sont retrouvés le 12 septembre au Sofitel Hôtel Ivoire, à Abidjan, pour le lancement officiel du « Grand Retour de la Diaspora ». Le nom sonne comme un slogan, mais le projet, porté par la commissaire générale Esther Boua, ancienne banquière avec douze ans d'expérience à l'étranger, cherche justement à dépasser le slogan : donner un cadre concret, daté et chiffré à un mouvement de retour des compétences que les autorités appellent de leurs vœux depuis des années sans jamais vraiment l'organiser.
Le calendrier est désormais fixé. L'événement principal se tiendra du 23 au 30 octobre à Abidjan, sous le parrainage du ministre des Affaires étrangères et des Ivoiriens de l'extérieur, Adama Dosso, représenté au lancement par le Dr N'Guessan Jean-Marc. Trois objectifs structurent le programme : ramener sur le sol ivoirien des compétences formées à l'étranger, transformer une part des transferts d'argent en capitaux réellement investis dans l'économie locale, et renouer, selon les mots des organisateurs, « le lien affectif et mémoriel » entre le pays et ses enfants dispersés dans plus de 140 pays.
Un flux financier qui cherche sa destination productive
Le chiffre qui structure tout le projet, c'est celui des transferts d'argent de la diaspora : 938,8 milliards de FCFA en 2025, contre 99 milliards en 2008. Une masse d'argent considérable, supérieure à l'aide publique au développement reçue par le pays, mais dont la destination interroge les autorités depuis longtemps. Selon les données présentées lors du lancement, 70 % de ces sommes sont absorbées par le soutien familial direct - loyers, écolages, dépenses de santé - et seulement 10 à 15 % atterrissent dans des projets à vocation productive, immobilier locatif mis à part.
C'est précisément ce ratio que l'initiative veut inverser, ou du moins améliorer. Deux partenaires institutionnels ont signé une convention à cet effet : la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), qui explore depuis plusieurs mois des instruments financiers dédiés à la diaspora, et Air Côte d'Ivoire, dont le directeur général Laurent Loukou assure le volet transport des participants venus de l'étranger. Le Centre de promotion des investissements en Côte d'Ivoire (CEPICI) doit, de son côté, assurer la mise en relation entre porteurs de projets et investisseurs de la diaspora, avec un accent sur l'immobilier, l'agriculture et les services.
Des figures connues pour donner de la visibilité
Pour donner de la voix à l'événement d'octobre, les organisateurs ont annoncé la présence de personnalités identifiées à la réussite ivoirienne à l'étranger ou dans le monde des affaires : le PDG de Bloomfield Investment, Stanislas Zézé, l'artiste A'Salfo, ou encore l'entrepreneure du numérique Edith Brou. Une manière, assumée, de faire de l'aspiration au retour un objet désirable plutôt qu'une simple ligne de politique publique.
Reste à savoir si le rendez-vous d'octobre débouchera sur des engagements financiers concrets, au-delà des déclarations d'intention. Les précédentes tentatives de mobilisation de l'épargne diaspora, en Côte d'Ivoire comme ailleurs sur le continent, ont souvent buté sur la confiance : celle des investisseurs binationaux envers un foncier et une administration parfois erratiques, comme l'a rappelé récemment le contentieux immobilier d'Anyama, qui a piégé des investisseurs ivoiriens installés aux États-Unis dans un différend sans issue depuis des mois. La rédaction y reviendra à l'approche du rendez-vous d'octobre.







