L'opposant Jean-Marc Kabund l'avait promis dès le 11 septembre : ses partisans marcheraient le 15, direction le Palais du peuple à Kinshasa et les assemblées provinciales du pays, pour signifier leur rejet de toute révision constitutionnelle qui ouvrirait la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi. La coalition C64 a tenu parole. Mais la marche annoncée comme pacifique a viré, dans plusieurs points de la capitale, à des scènes de tension avec les forces de l'ordre.
Selon les récits recoupés de plusieurs médias congolais, des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser des groupes de manifestants qui tentaient de converger vers le Palais du peuple, malgré des restrictions annoncées par les autorités locales. Le format exact de ces restrictions - interdiction totale ou simple encadrement du parcours - reste disputé entre l'opposition, qui parle d'une marche empêchée, et les autorités, qui invoquent des impératifs de maintien de l'ordre.
Une géographie de la mobilisation contrastée
Le tableau national est loin d'être uniforme. À Lubumbashi, capitale minière du Haut-Katanga et bastion traditionnel de la contestation, plusieurs manifestants ont été interpellés dans la matinée, avant même le début effectif du cortège, selon des témoignages recueillis sur place. À Inongo, chef-lieu du Maï-Ndombe, la mobilisation s'est au contraire déroulée dans un calme relatif, sans intervention des forces de sécurité rapportée par la presse locale.
Cette hétérogénéité illustre la difficulté, pour une opposition congolaise historiquement fragmentée, à synchroniser une mobilisation nationale sur un sujet pourtant consensuel dans ses rangs. Le parti Ensemble pour la République de Martin Fayulu avait, dès le 15 septembre, dénoncé de son côté le risque d'un troisième mandat, sans nécessairement s'associer à l'appel précis de Kabund. Signe que la contestation reste, pour l'instant, une addition d'initiatives plutôt qu'un front unique.
Le silence du pouvoir, pour l'instant
Contactée par plusieurs rédactions congolaises, la majorité présidentielle n'a pas, à ce stade, réagi publiquement et en détail à la tenue de cette marche ni aux tensions qui l'ont accompagnée. Le gouvernement de Judith Suminwa avait pourtant, quelques jours plus tôt, mis en avant son bilan sécuritaire à l'occasion du premier anniversaire de sa formation. Un contraste qui n'a pas échappé aux commentateurs locaux, entre vitrine institutionnelle et gestion, sur le terrain, d'une contestation de rue.
Aucun calendrier n'a filtré, à ce stade, sur une éventuelle révision constitutionnelle formelle. C'est justement cette absence de clarté officielle - le pouvoir n'a jamais confirmé publiquement une intention de modifier la Constitution pour permettre un troisième mandat, mais ne l'a pas non plus formellement écartée - qui nourrit la mobilisation de rue et l'inquiétude d'une partie de la classe politique congolaise, à un peu plus de deux ans de la présidentielle. La rue, en attendant une réponse claire de Kinshasa, semble décidée à occuper le terrain que le débat institutionnel laisse vacant.
Pour la C64 et ses alliés du jour, la journée du 15 septembre valait moins comme démonstration de force absolue que comme test de mobilisation avant d'éventuelles échéances plus déterminantes. Le précédent des mobilisations avortées ou dispersées de ces dernières années pèse sur l'appréciation que chacun porte sur cette marche : ni un raz-de-marée, ni un échec total, plutôt la confirmation qu'une partie significative de l'opinion urbaine congolaise reste mobilisable sur la question du mandat présidentiel, pourvu que les circonstances s'y prêtent.







