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Comment un géant chinois blacklisté par Washington continue d'acheter les puces Nvidia les plus avancées

Une filiale californienne du groupe chinois Inspur, blacklisté par Washington depuis 2023, a exporté pour 5,6 milliards de dollars de technologie avancée vers l'Asie du Sud-Est en moins de deux ans, dont une bonne partie de puces Nvidia Blackwell qui ont fini entre les mains de ByteDance et d'Alibaba. Le dossier embarrasse Washington à quelques jours d'un sommet sur l'intelligence artificielle avec Pékin.

JGJunior Gnapié16 septembre 20263 min de lectureLu 2 foisTech & Numérique
Jensen Huang, PDG de Nvidia
📷 Illustration : Jensen Huang, PDG de Nvidia, dont les puces les plus avancées sont au cœur du dossier
Inspur figure sur la liste noire du département du Commerce américain depuis 2023, ce qui devrait, en théorie, lui fermer l'accès aux puces d'intelligence artificielle les plus avancées de Nvidia. En pratique, le groupe chinois a continué d'en acheter, et en quantité, grâce à une filiale enregistrée en Californie du nom d'Aivres. Entre avril 2024 et février 2026, cette dernière a exporté pour 5,6 milliards de dollars de technologie de pointe vers l'Asie du Sud-Est, dont plus de 3 milliards de dollars rien qu'en serveurs équipés des puces Blackwell, les plus performantes que propose actuellement Nvidia.
Le montage tient à un détail réglementaire : Inspur ne détient qu'une participation de 33 % dans Aivres, en dessous du seuil de 50 % qui déclencherait automatiquement l'application de la « règle d'affiliation » américaine aux entités sanctionnées. Sur le papier, Aivres n'est donc pas Inspur. Dans les faits, les enquêtes citées par la presse spécialisée établissent que le matériel a fini par atteindre deux des plus grands groupes technologiques chinois, ByteDance et Alibaba, tous deux non sanctionnés mais scrutés de près par Washington pour leurs capacités en intelligence artificielle.

Une faille identifiée, des correctifs qui traînent

Le Congrès américain n'a pas découvert le problème hier. Un texte baptisé Remote Access Security Act, destiné à combler une faille voisine liée à l'accès distant aux serveurs cloud, a été adopté par la Chambre des représentants en janvier 2026 par 369 voix contre 22, un score qui dit assez le consensus bipartisan sur le sujet. Un second texte, le Chip Security Act, a franchi l'étape de la commission en mars. Aucun des deux, pour l'heure, n'a été promulgué, et le dossier Aivres illustre précisément le type de contournement que ces lois sont censées empêcher.

Un sommet sous tension

Le calendrier n'arrange rien pour l'administration américaine. Un sommet consacré à l'intelligence artificielle entre Washington et Pékin doit se tenir à la mi-septembre, avec une délégation américaine conduite par le secrétaire au Trésor Scott Bessent. À l'ordre du jour : la cybersécurité pilotée par l'IA, le partage de renseignements entre laboratoires, et surtout la protection contre la « distillation », cette technique qui permet à un concurrent de copier les capacités d'un modèle américain à moindre coût, un sujet sur lequel l'entreprise Anthropic elle-même avait déjà alerté au sujet de plusieurs laboratoires chinois.
Le président chinois Xi Jinping doit, de son côté, se rendre à la Maison Blanche le 24 septembre, dans la continuité du dégel diplomatique amorcé plus tôt cette année. L'affaire Aivres promet d'être un point de friction supplémentaire dans ces discussions : difficile, pour l'administration américaine, de vanter la solidité de son régime de sanctions technologiques tout en découvrant, dans la presse, qu'une filiale immatriculée sur son propre sol a servi de tuyau à plusieurs milliards de dollars de matériel sanctionné vers la Chine.
Pour Nvidia, dont les puces sont au cœur du dossier, la position reste inconfortable : l'entreprise affirme vendre dans le respect strict des règles américaines et ne pas être en mesure de tracer l'usage final de chaque serveur une fois celui-ci revendu par un distributeur tiers. Un argument que les partisans d'un contrôle plus strict jugent insuffisant, alors que les volumes en jeu, plusieurs milliards de dollars sur moins de deux ans, dépassent largement l'idée d'une fuite marginale et ponctuelle du dispositif de sanctions.
JGJunior Gnapié — Rédaction Abidjan4AllJournaliste · Tech & Numérique
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