« Ukraine has agreed not to hit Russian Energy targets. Russia has agreed to do, likewise! » Le message, posté le 14 septembre sur Truth Social par Donald Trump, avait des allures de victoire diplomatique. Le président américain y présentait un accord russo-ukrainien pour épargner mutuellement les infrastructures énergétiques des deux pays, qu'il reliait directement à la flambée des prix du diesel aux États-Unis, accusant implicitement la guerre, plutôt que les tensions avec l'Iran, d'expliquer la douleur à la pompe pour les automobilistes américains.
Problème : ni Kyiv ni Moscou n'ont confirmé les termes exacts que Trump leur prêtait. La réaction de Volodymyr Zelensky, prudente, en disait long. Le président ukrainien a expliqué que son pays cesserait de frapper les infrastructures énergétiques critiques russes uniquement si les partenaires occidentaux pouvaient garantir la volonté réelle de la Russie de cesser, de son côté, de s'en prendre au réseau énergétique et aux réserves alimentaires ukrainiennes. Une manière de dire que la balle restait dans le camp russe, et que l'accord annoncé par Trump ressemblait davantage à un vœu qu'à un texte signé.
Une raffinerie russe touchée dès le lendemain
La suite a confirmé les doutes. Le 15 septembre, au lendemain même de l'annonce présidentielle, des drones ukrainiens ont frappé une raffinerie sur le sol russe, selon plusieurs médias occidentaux qui suivent le dossier au jour le jour. Kyiv n'a pas caché sa logique : depuis des mois, les frappes contre les capacités de raffinage russes visent à priver l'effort de guerre du Kremlin de ses revenus pétroliers et à compliquer l'approvisionnement de son armée, une stratégie que l'Ukraine n'a manifestement pas l'intention d'abandonner sur la simple foi d'un message américain sur les réseaux sociaux.
Cet épisode intervient après que Trump avait, quelques jours plus tôt, profité d'un déplacement golfique en Irlande pour exhorter Zelensky à cesser ses frappes sur les sites pétroliers russes, arguant que ces attaques nourrissaient la pénurie mondiale de diesel. L'argument occulte largement une autre cause, autrement plus documentée : le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, qui a fait grimper le Brent bien au-dessus des 100 dollars le baril et propulsé le diesel américain au-delà des 6 dollars le gallon ces dernières semaines.
Une guerre qui continue, trêve ou pas
Sur le terrain, rien n'indique un ralentissement des hostilités. Les infrastructures énergétiques ukrainiennes restent une cible privilégiée de l'aviation et des drones russes, une réalité documentée depuis des mois par les Nations unies elles-mêmes, qui redoutaient récemment encore un hiver particulièrement dur pour les civils ukrainiens en cas d'effondrement du réseau électrique avant le printemps. Ce nouvel épisode illustre surtout un écart désormais familier entre les annonces diplomatiques de Donald Trump, volontiers présentées comme des avancées majeures, et une réalité de terrain que ni Kyiv ni Moscou ne semblent pressés de confirmer publiquement.
Du côté russe, aucune déclaration officielle du Kremlin n'est venue, à ce stade, contredire frontalement le président américain, ce qui laisse planer une ambiguïté calculée : ni confirmation ferme, ni démenti direct, une posture qui permet à Moscou d'observer les effets de l'annonce sur l'opinion occidentale sans s'engager sur le fond. Pour les analystes qui suivent le dossier, cette annonce s'apparente moins à un cessez-le-feu énergétique en bonne et due forme qu'à une tentative de Trump de se poser en artisan de la désescalade, à un moment où la pression intérieure américaine sur les prix du carburant devient politiquement sensible.







