Neuf cent trente-huit milliards de francs CFA. C'est la somme qu'ont envoyée les Ivoiriens de l'étranger vers leur pays d'origine en 2025, contre 99 milliards en 2008. Une multiplication par plus de neuf en moins de vingt ans, révélée samedi 12 septembre au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, lors du lancement officiel de la 4e édition du Grand Retour de la Diaspora (GRD), un rendez-vous économique prévu du 23 au 30 octobre dans la capitale économique.
Mais ce chiffre, aussi spectaculaire soit-il, cache un déséquilibre que les organisateurs veulent justement corriger. Selon la commissaire générale du GRD, Esther Boua, entre 60 et 70 % de ces fonds sont absorbés par le soutien familial direct, 15 à 20 % vont à l'immobilier, et seulement 10 à 15 % financent des projets productifs. C'est cet écart, entre l'argent envoyé et l'argent investi, que le programme entend combler.
Trois axes, un objectif
Devant une centaine de hauts cadres, entrepreneurs et représentants institutionnels, Esther Boua a détaillé les trois axes de son initiative : ramener vers le pays les compétences formées à l'étranger, transformer une part croissante des transferts d'argent en capitaux réellement investis, et renouer le lien affectif avec la Côte d'Ivoire - notamment à travers une étape mémorielle prévue à Tiassalé, sur la route des esclaves. Ancienne cadre bancaire, elle-même partie douze ans hors du pays, la commissaire générale a expliqué avoir été marquée par des projets de compatriotes restés inaboutis faute d'accompagnement fiable sur place.
« « Nous ne revenons pas pour qu'on nous déroule le tapis rouge, mais les manches déjà retroussées pour écouter, apprendre et contribuer. » »
— Esther Boua, commissaire générale du Grand Retour de la Diaspora
Une phrase qui tranche avec le ton institutionnel habituel de ce genre de cérémonie, et qui donne le la du reste de son intervention.
L'État promet un accompagnement
La cérémonie s'est tenue sous le parrainage du ministre délégué chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur, Adama Dosso, retenu hors du pays et représenté par le Dr N'Guessan Jean-Marc. Ce dernier a salué un changement de posture : pour la première fois, selon lui, c'est la diaspora qui vient à la rencontre de l'État avec ses propres moyens, et non l'inverse. « L'Eldorado est ici. Le président de la République a mis en mission nos services pour accompagner les membres de la diaspora afin que ce retour ne soit pas un échec », a-t-il affirmé, avant de rappeler qu'environ 1,24 million d'Ivoiriens résident aujourd'hui hors du territoire national, dans plus de 140 pays.
Pour sécuriser les futurs investissements, l'État prévoit un guichet unique dédié à la diaspora, un fonds d'appui et des conventions avec la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), déjà partenaire institutionnel de l'événement. Air Côte d'Ivoire en est le transporteur officiel. Cette dynamique relève, selon le représentant du ministère, du Plan national de développement 2026-2030, qui fait des compétences et des ressources de la diaspora l'un de ses leviers.
L'édition d'octobre proposera des journées économiques, des rencontres B2B, des visites de terrain et un dîner de gala, avec plusieurs figures ivoiriennes déjà annoncées parmi les invités, dont le PDG de Bloomfield Investment Corporation Stanislas Zézé et l'artiste A'Salfo. Reste à savoir si, cette fois, la mécanique décrite par Esther Boua parviendra réellement à faire bouger la part de 10 à 15 % consacrée à l'investissement productif - le vrai test se jouera bien après la clôture du salon, dans les mois qui suivront.







