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Transferts de la diaspora : un rapport de l'ONU chiffre un poids devenu incontournable pour l'Afrique

Un nouveau rapport du Fonds international de développement agricole, relayé ce 16 septembre par plusieurs médias africains, situe à 124,2 milliards de dollars les sommes envoyées par la diaspora vers le continent en 2025. Une manne colossale, dopée par le numérique, qui vient objectiver ce que vivent au quotidien des millions de familles, y compris en Côte d'Ivoire.

JGJunior Gnapié17 septembre 20263 min de lectureLu 3 foisDiaspora
Agent de transfert d'argent mobile en Afrique de l'Est
📷 Illustration : Un agent de transfert d'argent mobile, un canal devenu central pour les diasporas africaines.
Le chiffre a de quoi donner le vertige. Selon le rapport publié cette semaine par le Fonds international de développement agricole (FIDA), agence spécialisée des Nations unies, les migrants du monde entier ont envoyé 728,6 milliards de dollars dans leurs pays d'origine en 2025, un montant qui a quasiment doublé en dix ans et qui dépasse de plus de quatre fois l'ensemble de l'aide publique au développement versée à l'échelle mondiale. « Ce rapport parle de flux financiers d'une ampleur extraordinaire. Mais il parle surtout de familles », résume Pedro de Vasconcellos, qui pilote la Facilité de financement pour les envois de fonds au sein du FIDA.
L'Afrique capte 124,2 milliards de dollars de cette manne, soit 17 % du total mondial, avec une progression de 86 % en une décennie. L'Égypte reste, et de loin, la première destination du continent avec 41,5 milliards de dollars, devant le Nigeria (22,8 milliards) et le Maroc (13,66 milliards). Plus bas dans le classement, le Sénégal reçoit 3,27 milliards de dollars, l'équivalent d'environ 11 % de son PIB, et la République démocratique du Congo a vu ses flux multipliés par six en dix ans, à 3,32 milliards. Pour l'Afrique de l'Ouest dans son ensemble, la sous-région aurait reçu 36,1 milliards de dollars en 2025, dont près d'un quart destiné aux zones rurales, de quoi peser lourd sur des économies où, au Liberia, en Gambie ou aux Comores, ces transferts dépassent 20 % du produit intérieur brut.
Données 2025 du Fonds international de développement agricole (FIDA)
Égypte
41,5 milliards de dollars
Nigeria
22,8 milliards de dollars
Maroc
13,66 milliards de dollars
Congo
3,32 milliards de dollars
Sénégal
3,27 milliards de dollars
Le rapport insiste aussi sur l'usage de cet argent : environ trois quarts servent à couvrir des besoins immédiats, nourriture, logement, santé, énergie, quand 233 milliards de dollars irriguent chaque année les économies rurales et 22 milliards financent directement les systèmes agroalimentaires. Le canal numérique progresse, mais reste incomplet. Plus de la moitié des transferts démarrent désormais par une application ou un compte mobile, alors qu'un tiers seulement du parcours est intégralement digital de bout en bout, avec un coût moyen de 4,6 % en ligne contre 7,3 % pour les circuits classiques.
Pour la Côte d'Ivoire, ces chiffres mondiaux résonnent avec une dynamique déjà bien identifiée par les autorités. Le ministre délégué chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur, Adama Dosso, avait indiqué en mai dernier que la diaspora ivoirienne avait transféré 938,8 milliards de francs CFA vers le pays en 2025, contre 840 milliards en 2024 et à peine 190 milliards en 2019, une trajectoire quasiment continue depuis quinze ans. C'est notamment sur cette manne que mise l'initiative « Le Grand Retour de la Diaspora », lancée le mois dernier à Abidjan, qui ambitionne de convertir une part de ces transferts, aujourd'hui absorbés à 70 % par le seul soutien familial direct, en investissements productifs.
Le rapport du FIDA ne fait donc que confirmer, à l'échelle du continent, ce que les autorités ivoiriennes tentent déjà de canaliser localement : une épargne diasporique considérable, mais encore trop peu orientée vers l'investissement de long terme. Les discussions autour d'éventuelles obligations diaspora, à l'étude depuis plusieurs mois, prennent dans ce contexte une résonance particulière. Reste à savoir si ces nouveaux instruments parviendront à infléchir une tendance qui, pour l'instant, privilégie très largement le soutien familial immédiat sur l'investissement productif.
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