L'Assemblée nationale du Nigeria a décidé de hausser le ton. Vendredi, ses deux chambres ont annoncé conjointement la suspension, jusqu'à nouvel ordre, de toutes les visites parlementaires officielles en Afrique du Sud, ainsi que de la participation de leurs membres aux conférences, séminaires, ateliers et autres rencontres organisés ou parrainés par les institutions législatives sud-africaines, y compris les échanges en ligne. Afriksoir et le site kaweru.com, qui ont chacun consulté le texte de la décision, rapportent les mêmes termes.
La mesure a été prise sous l'autorité conjointe du président du Sénat, Godswill Akpabio, et du président de la Chambre des représentants, Abbas Tajudeen. Elle s'étend aux commissions, aux responsables et au personnel de l'Assemblée : toute participation à une rencontre organisée en lien avec le Parlement sud-africain devra désormais recevoir une autorisation préalable de la direction, et les invitations déjà programmées seront réexaminées une à une.
Des attaques qui minent la confiance depuis des années
Ce geste ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs années, les violences xénophobes visant les ressortissants étrangers, nigérians en tête, empoisonnent les relations entre Abuja et Pretoria. Le Parlement nigérian évoque, dans les documents cités par les deux sites, des destructions répétées de commerces et de domiciles appartenant à des étrangers, en plus d'agressions physiques.
L'ampleur du phénomène se mesure aussi en départs. Selon les autorités nigérianes citées par kaweru.com, 1 699 ressortissants du pays avaient été rapatriés ou évacués d'Afrique du Sud à la date de septembre 2026. Le Ghana, confronté au même climat, a de son côté rapatrié 1 964 de ses citoyens depuis le mois de mai, dans le cadre d'une opération distincte. Ces deux chiffres, avancés par des autorités différentes, ne se recoupent pas mais dessinent une même tendance régionale à l'exode.
Une rupture calculée, pas totale
Le Parlement nigérian a pris soin de circonscrire sa colère. Il précise que cette suspension « ne remet pas en cause les relations historiques et diplomatiques » entre les deux pays, et réaffirme son attachement à la coopération bilatérale, sous réserve du respect des personnes et des biens. Abuja a également demandé aux autorités sud-africaines de renforcer la protection des étrangers, d'enquêter sur les violences signalées et de poursuivre les responsables identifiés, et invité les assemblées des États fédérés du Nigeria à envisager des mesures similaires.
Le Nigeria et l'Afrique du Sud restent, l'un comme l'autre, des poids lourds du continent, liés par des intérêts commerciaux et diplomatiques que ni Abuja ni Pretoria n'ont intérêt à sacrifier. C'est peut-être ce qui explique le choix d'une sanction symbolique plutôt qu'une rupture : geler les échanges parlementaires plutôt que fermer une ambassade. Reste à savoir si ce signal, purement institutionnel, pèsera sur une réalité qui se joue avant tout dans les townships et les quartiers d'affaires où vivent et travaillent des dizaines de milliers de Nigérians. Sur ce terrain-là, ni Afriksoir ni kaweru.com ne rapportent, pour l'instant, de réponse officielle de Pretoria — le silence, pour l'heure, vient de ce côté-ci de la frontière.
Pour la diaspora africaine au sens large, cette séquence rappelle une donnée que les chiffres officiels sud-africains eux-mêmes ne nient pas : vivre et travailler loin de chez soi, sur le même continent, ne met à l'abri ni des violences ni de l'indifférence des pouvoirs publics locaux. Le geste du Parlement nigérian, aussi limité soit-il dans ses effets concrets, place la question sur la table diplomatique plutôt que de la laisser aux seules associations de la société civile qui, depuis des années, documentent seules ces attaques.







