Tout a commencé le lundi 19 octobre, au grand marché d'Abobo, où des commerçantes de poisson ont protesté contre la forte hausse du prix d'achat des cartons. Le mouvement a gagné Daloa le mercredi 21 octobre : des vendeuses de plusieurs marchés ont investi la cour de la préfecture, où le préfet de région, Yacouba Doumbia, les a reçues en présence de responsables du commerce. Porte-parole des commerçantes, Liliane Lago a dénoncé des hausses répétées depuis près d'un an : selon elle, des cartons de certaines espèces, dont le maquereau, sont passés de 20 000 à 25 000, puis à 30 000 FCFA.
Le gouvernement a réagi dès le lendemain. Le jeudi 22 octobre, à Abidjan-Plateau, le ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat, Kalil Konaté, a présidé une séance de travail avec les importateurs, grossistes, demi-grossistes, détaillants et représentants des consommateurs. Elle a abouti à l'accord provisoire sur le chinchard et le maquereau, deux espèces très prisées des ménages ivoiriens. Le ministre a rappelé que plusieurs facteurs pèsent sur les prix, parmi lesquels le coût du transport et des hydrocarbures et la dépendance du pays aux importations. Il a aussi annoncé l'installation prochaine d'un observatoire de la formation des prix et des marges, chargé d'examiner les coûts des produits de grande consommation et de définir, avec les professionnels et les associations de consommateurs, des marges adaptées.
Samedi 24 octobre, à Treichville, l'Interprofession de la filière pêche de Côte d'Ivoire (INTERPÊCHE) a présenté à son tour les mesures engagées. Selon KOACI, le carton de chinchard passerait de 36 500 à 31 500 FCFA, soit une baisse de 5 000 FCFA. Une vingtaine de variétés de poisson étant commercialisées dans le pays, INTERPÊCHE a annoncé la poursuite des discussions à partir du lundi 26 octobre pour examiner les prix des autres espèces.
Du côté des consommateurs, Soumahoro Ben Faly, président de la Fédération ivoirienne des consommateurs « Le Réveil » et vice-président du Conseil national de la consommation, a salué l'accord : « Grâce au dialogue, nous sommes parvenus à un accord provisoire. » Il était présent à la séance du 22 octobre, puis à la conférence de presse d'INTERPÊCHE le 24. Un message qui circule sur les réseaux sociaux interpelle pourtant les responsables d'organisations de consommateurs, dont Marius Comoé, président du Conseil national des organisations de consommateurs de Côte d'Ivoire, et Soumahoro Ben Faly, en leur reprochant d'être éloignés des préoccupations des consommateurs et en leur demandant s'ils entendent que le poisson est devenu cher.
L'opposition juge la réponse insuffisante. Dans un communiqué du 22 octobre, le PPA-CI exige un audit sur le prix du poisson et affirme que, même après la réduction annoncée, le carton d'Apolo reste plus de 70 % plus cher qu'avant la flambée. Le parti rappelle que la Côte d'Ivoire importe chaque année plus de 700 000 tonnes de poisson pour une facture dépassant 500 milliards de FCFA, une dépendance qui l'expose aux fluctuations des marchés internationaux.
L'application effective de la baisse sera un test. Il s'agira de vérifier que la réduction consentie par les importateurs est bien répercutée jusqu'aux détaillants, puis aux ménages, avant les discussions de lundi sur les autres espèces et les premiers travaux de l'observatoire des prix et des marges.









