Donald Trump promet «plus de pétrole», martelant son slogan de campagne «Drill, baby, drill». En Afrique, c'est une autre énergie qui gagne du terrain à toute vitesse, et elle ne vient pas des États-Unis. Les capacités solaires du continent ont grimpé de 54 % en 2025, selon un rapport du Global Solar Council publié en février 2026 et cité par RTS. En un an, l'Afrique a ajouté 4,5 gigawatts de puissance photovoltaïque à son parc.
Le moteur de cette accélération porte un nom : la Chine. L'effondrement du prix des panneaux et des batteries fabriqués sur son sol a changé l'équation économique pour des pays qui cherchaient, depuis des années, à réduire leur dépendance au pétrole importé.
Le calcul nigérian
Le Nigeria illustre le phénomène de façon presque caricaturale. Le réseau électrique national ne fournit du courant que sept heures par jour. Pour compenser, 22 millions de générateurs tournent au diesel ou à l'essence, pour une facture annuelle de 12 milliards de dollars aux ménages et aux entreprises. Face à ce gouffre, le solaire chinois s'impose comme une alternative à la fois moins chère et moins polluante.
Selon RTS, la progression ne se limite pas au Nigeria. Quatre pays concentrent l'essentiel des nouvelles installations et réunissent, à eux seuls, les trois quarts de la puissance ajoutée en 2025 : l'Afrique du Sud (1,6 gigawatt), le Nigeria (803 mégawatts), l'Égypte (500 mégawatts) et l'Algérie (400 mégawatts). Des économies plus modestes s'y mettent aussi : le Maroc, la Zambie, la Tunisie, le Botswana, le Ghana. Le Cameroun, pour sa part, vise à multiplier par huit sa capacité solaire d'ici 2030, en la faisant passer de 30,6 à 250 mégawatts.
Pékin, financier autant que fournisseur
La Chine ne se contente pas de vendre des équipements moins chers. Elle finance et construit directement des barrages, des parcs éoliens et des centrales solaires, de l'Égypte à l'Afrique du Sud. Au Maroc, ses investissements s'étendent jusqu'aux usines de batteries pour véhicules électriques. Selon Senego, les exportations chinoises vers l'Afrique ont progressé de 26 % en 2025, puis de 25 % supplémentaires depuis le début de l'année en cours ; les biens d'équipement représentaient, en août 2026, 42 % de ces ventes.
« «Le développement parfois peu régulé de différentes technologies en Chine conduit à des surcapacités considérables dont l'Afrique est en train de profiter», analyse Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine, cité par RTS. Il évoque «une sorte de diplomatie du photovoltaïque». »
— Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine
Un rattrapage qui reste coûteux à financer
Le tableau n'a pourtant rien d'un triomphe assuré. Le solaire ne couvre aujourd'hui que 3 % du mix énergétique total du continent, et l'Afrique reste dépendante des énergies fossiles à hauteur de 94,5 %, contre 80 % en moyenne mondiale, selon Francis Perrin, chercheur associé à l'OCP Policy Center, cité par RTS. Le stockage de l'énergie demeure la principale difficulté technique, même si les progrès sur les batteries permettent de compenser peu à peu une production limitée aux heures d'ensoleillement.
L'obstacle le plus tenace reste financier. «Le coût du capital pour investir en Afrique reste trois ou quatre fois plus élevé qu'en Europe», relève Patrice Geoffron. Un comble pour une technologie qui est, ailleurs dans le monde, la moins chère à produire. L'instabilité politique et économique de certains pays explique en partie cette prime de risque, sur des projets qui s'amortissent en vingt à vingt-cinq ans.
Pour Pékin comme pour les gouvernements africains qui achètent ses panneaux, l'enjeu dépasse la seule facture d'électricité. RFI y voit un paradoxe pour Washington : au moment même où Donald Trump veut produire davantage de pétrole, la Chine fournit à l'Afrique les moyens d'en consommer moins. À terme, cela pourrait nourrir un risque de surproduction mondiale et de chute des prix, que ni RFI ni nos autres sources ne chiffrent précisément à ce stade.







